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	<title>Etats généraux sur l&#039;avenir de la recherche - Sciences Citoyennes</title>
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	<description>Les sciences avec et pour les citoyennes</description>
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	<title>Etats généraux sur l&#039;avenir de la recherche - Sciences Citoyennes</title>
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		<title>Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société</title>
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		<dc:creator><![CDATA[sc]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 Oct 2004 22:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Démocratisation de la science]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Vous trouvez l&#x2019;int&#xE9;gralit&#xE9; du texte dans le document pdf. https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/2011/02/Note-recherche-v28.10.04-2.pdf R&#xE9;sum&#xE9; des analyses et propositions de la note Les contributions au d&#xE9;bat de ces derniers mois sur l&#x2019;avenir de la recherche en France ont le plus souvent mis l&#x2019;accent sur le manque de moyens et de postes de la recherche publique et sur la r&#xE9;forme [&#x2026;]</p><p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/quelle-politique-scientifique-pour-entrer-dans-le-21e/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Vous trouvez l&rsquo;intégralité du texte dans le document pdf.</p>
<p><a title="note recherche" type="application/pdf" href="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/2011/02/Note-recherche-v28.10.04-2.pdf">https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/2011/02/Note-recherche-v28.10.04-2.pdf</a></p>
<p class="spip"><strong>Résumé des analyses et propositions de la note</strong></p>
<p class="spip">Les contributions au débat de ces derniers mois sur l&rsquo;avenir de la recherche en France ont le plus souvent mis l&rsquo;accent sur le manque de moyens et de postes de la recherche publique et sur la réforme des structures susceptibles d&rsquo;améliorer la « productivité » de la science française. Mais la crise de notre système de recherche, d&rsquo;expertise et d&rsquo;innovation est autrement plus profonde. Nos sociétés traversent trois transformations majeures qui sont autant de défis pour nos institutions de recherche et leurs rapports avec la société :<span id="more-1606"></span></p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> <strong>La marchandisation de la science</strong> : rôle accru de la connaissance dans la production et la captation de la valeur ajoutée économique, affirmation des normes marchandes dans la production et la validation des savoirs, mise en concurrence mondiale des systèmes de recherches nationaux, montée de nouvelles formes d&rsquo;appropriation des savoirs et du vivant, exhortations à la « compétitivité » des chercheurs de la part des dirigeants des organismes et des politiques.</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> <strong>La montée des aspirations citoyennes</strong> : élévation du niveau culturel et demande de participation plutôt que de délégation, prise de conscience que tout « progrès » n&rsquo;est pas bon à prendre et doutes sur la capacité de la science à contrôler les effets de ses propres découvertes, émergence d&rsquo;une « société de la connaissance disséminée » où de multiples associations et organisations non-gouvernementales contribuent à la production de savoirs et d&rsquo;innovations qui font la richesse de notre démocratie, du lien social et de notre économie.</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> <strong>L&rsquo;entrée dans un monde fini</strong> où les effets secondaires des technologies ne peuvent plus être négligés : la science devenue technoscience, qui a voulu maîtriser la planète sur le mode de la conquête, est aujourd&rsquo;hui questionnée dans ses paradigmes et amenée à jouer un rôle nouveau (principe de précaution, développement durable).</p>
<p class="spip">Dans ces conditions, il s&rsquo;agir de refonder notre système de recherche, autour d&rsquo;un nouveau contrat entre recherche et société, de nouvelles missions et orientations de la recherche et de nouveaux modes d&rsquo;interaction avec les acteurs porteurs de besoins et d&rsquo;intérêts non marchands de la société civile. Le scénario que prône la Fondation Sciences Citoyennes est celui d&rsquo;une alliance forte entre les chercheurs et la société civile. Aller vers ce scénario a pour condition préalable l&rsquo;existence d&rsquo;une recherche publique forte. La Fondation Sciences Citoyennes appuie donc pleinement les demandes des chercheurs pour des moyens accrûs. Mais il s&rsquo;agit aussi de transformer les orientations, les modes de décision, les pratiques d&rsquo;expertise, et les rapports entre la recherche et la société.</p>
<p class="spip"><strong>Sur les missions et l&rsquo;orientation de la recherche</strong></p>
<p class="spip">À eux seuls, la recherche militaire et les programmes technologiques nucléaire, aéronautique et spatial absorbent plus de 40% de la dépense publique de recherche. De plus, comme le montrent les indicateurs présentés dans cette note, la France accuse un déficit considérable de recherche dans la plupart des domaines liés au développement durable et à la santé publique : santé environnementale et toxicologie, écologie, énergies renouvelables, agriculture biologique et durable, chimie et ingénierie vertes ne doivent pas rester orphelin de recherche en France. Nos propositions sont donc</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> D&rsquo;investir massivement dans ces domaines clé du développement durable et de la santé publique : développement durable et principe de précaution peuvent devenir les moteurs de l&rsquo;ambition scientifique et technologique française et européenne.</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Reformuler et élargir les missions de la recherche publique. Outre la mission cognitive et la mission de formation, cette note met l&rsquo;accent sur :</p>
<p class="spip">l&rsquo;apport de connaissances plurielles en amont des choix sociétaux (expertise publique, exploration de la pluralité des mondes socio-techniques possibles) (Proposition 4.4),</p>
<p class="spip">l&rsquo;appui à l&rsquo;innovation, dans une acception élargie incluant l&rsquo;innovation à but non lucratif disséminée dans la société (Proposition 4.4),</p>
<p class="spip">la défense de la connaissance comme bien public (annexe 2).</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Cadrer les financements publics de la R&amp;D privée sur des orientations technologiques liées à des objectifs socio-économiques clairs (Proposition 4.5)</p>
<p class="spip"><strong>Sur la démocratisation des choix scientifiques et techniques</strong></p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Mise en débat (notamment autour d&rsquo;une conférence de citoyens) et l&rsquo;adoption tous les quatre ans (loi de programmation) d&rsquo;un « programme cadre national de recherche et développement » définissant le volume et la répartition des efforts publics entre domaines de recherche et d&rsquo;innovation. (Proposition 4.1)</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Renforcer et réformer l&rsquo;Office Parlementaire d&rsquo;Evaluation des Choix Scientifiques et Techniques (OPECST) (Proposition 4.2)</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Ouvrir les structures de programmation de la recherche aux acteurs de la société civile (Proposition 4.3)</p>
<p class="spip"><strong>Sur le développement du tiers secteur de la recherche citoyenne, de l&rsquo;expertise associative et de l&rsquo;innovation coopérative et de ses partenariats avec la recherche publique</strong></p>
<p class="spip">Pour faire des aspirations et des initiatives de la société civile un des moteurs de la recherche et de l&rsquo;innovation, nous proposons de :</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Créer aux niveaux régional et national des fonds d&rsquo;initiative (type « Chèque expertise ») accessibles à des associations qui souhaitent effectuer ou commanditer une contre-expertise sur tel ou tel problème à teneur scientifique et technique (Proposition 5.1)</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Ouvrir aux acteurs du secteur associatif non marchand le bénéfice des dispositifs d&rsquo;appui aux PME en matière de recherche et à l&rsquo;innovation (Proposition 5.2 )</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Favoriser la mobilité professionnelle des chercheurs entre monde associatif et recherche publique : allocations de thèse et détachements (Proposition 5.3)</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Ouvrir des crédits substantiels pour financer les projets de recherches associant laboratoires publics de recherche et associations (Proposition 5.4)</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Créer au Ministère de la recherche une Direction « Science et société » (Proposition 5.5)</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Repenser la politique de « culture scientifique et technique » comme politique de « citoyenneté scientifique et technique » (Proposition 3.1)</p>
<p class="spip"><strong>Sur la réforme du dispositif français de l&rsquo;expertise et de son interface avec la recherche</strong></p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Généraliser et renforcer le modèle « agence d&rsquo;expertise », en supprimant ou absorbant les instances d&rsquo;expertise « ancienne manière » (Proposition 6.1)</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Clarifier et formaliser les rapports entre expertise, débat public et décision (Proposition 6.2)</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Formaliser et contractualiser la participation d&rsquo;experts associatifs porteurs d&rsquo;intérêts publics dans les comités d&rsquo;expertise et de concertation (Proposition 6.3)</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Créer une Haute Autorité de la déontologie, la transparence et la qualité de l&rsquo;Expertise (Proposition 6.4)</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Dans les secteurs d&rsquo;amont de l&rsquo;expertise publique, transformer le statut des institutions à statut équivoque du point de vue des conflits d&rsquo;intérêts (Proposition 6.5)</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Quelle politique scientifique pour entrer dans le 21e siècle ? Vers un nouveau contrat entre recherche et société" /> Renforcer le rôle incitateur des agences vis-à-vis des organismes et universités par des crédits accrus aux agences pour des appels d&rsquo;offre de recherche (Proposition 6.6)</p>
<div class="rss_ps">
<p class="spip">Cette note est le produit de la réflexion d&rsquo;un groupe de travail de la Fondation Sciences Citoyennes coordonné par Christophe Bonneuil, Jean-Paul Gaudillière et Jacques Testart.</p>
<p class="spip">Composition du groupe : Taos Ait Si Slimane, Fabien Amiot, Andrée Bergeron, Luc Berlivet, Pierre Castella, André Cicolella, Olivier Clément, Laurent Dianoux, Jérôme Elissalde, Rafael Encinas de Munagorri, Jean-Paul Gaudillière, Béatrice Janiaud, Glen Millot, Claudia Neubauer, Jacques Pasquier, Sezin Topçu.</p>
<p class="spip">Le texte a bénéficié d&rsquo;une relecture externe par des chercheurs citoyens, des acteurs de la politique scientifique, des spécialistes du champ « sciences, technologies et société », et par des responsables associatifs : Philippe Aigrain, Rémi Barré, Dominique Boullier, Matthieu Calame, Hélène Cherrucresco, Patrick Gestin, Marie-Angèle Hermitte, Pierre-Benoit Joly, Robert Joumard, Marc Lipinski, Claire Marris, Dominique Pestre, Bernard Rolland et Juan Roy de Menditte.</p>
<p class="spip">La note n&rsquo;engage évidemment pas ces relecteurs externes et n&rsquo;exprime que les positions de la Fondation Sciences Citoyennes.</p>
<p class="spip">Ce projet a été rendu possible grâce au soutien de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l&rsquo;Homme.</p>
</div>
<p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/quelle-politique-scientifique-pour-entrer-dans-le-21e/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Pour une alliance chercheurs-citoyens &#8211; L\&#8217;avenir de la recherche passe le pari de la citoyenneté</title>
		<link>https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/pour-une-alliance-chercheurs-citoyens-lavenir-de-la-recherche-passe-le-pari-de-la-citoyennete-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[sc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 May 2004 22:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Lobbying]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L\&#x2019;attaque du gouvernement contre la recherche publique de ces derniers mois, tout comme les d&#xE9;bats soci&#xE9;taux (sang contamin&#xE9;, amiante, clonage, OGM&#x2026;) de ces derni&#xE8;res ann&#xE9;es, sont les pointes de l\&#x2019;iceberg d\&#x2019;un profond mouvement de transformation des rapports entre science et soci&#xE9;t&#xE9;, en cours depuis deux ou trois d&#xE9;cennies.La premi&#xE8;re facette de cette transformation a touch&#xE9; [&#x2026;]</p><p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/pour-une-alliance-chercheurs-citoyens-lavenir-de-la-recherche-passe-le-pari-de-la-citoyennete-3/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class=\"spip\">L\&rsquo;attaque du gouvernement contre la recherche publique de ces derniers mois, tout comme les débats sociétaux (sang contaminé, amiante, clonage, OGM…) de ces dernières années, sont les pointes de l\&rsquo;iceberg d\&rsquo;un profond mouvement de transformation des rapports entre science et société, en cours depuis deux ou trois décennies.<span id="more-144615"></span><strong class=\"spip\">La première facette de cette transformation</strong> a touché les modes de production et de polarisation des savoirs. Pendant les Trente glorieuses, un Etat économiquement interventionniste et socialement redistributeur s\&rsquo;est fait entrepreneur de science et a bâti notre système de recherche. Aujourd\&rsquo;hui on tend au contraire vers une science pilotée par le marché. La réduction néolibérale du périmètre économique et des ambitions sociales de l\&rsquo;Etat, et la place croissante de l\&rsquo;immatériel dans la production de valeur ajoutée ont en effet conduit à des politiques de recherche, avant tout soucieuses de « valorisation » économique autour d\&rsquo;un nouveau régime de propriété intellectuelle.</p>
<p class=\"spip\">Ce nouveau régime, fondé sur le brevet systématique des savoirs, du vivant et des lignes de code informatique, a émergé aux États-Unis autour de 1980. Il s\&rsquo;est ensuite imposé à toute la planète, via les accords de l\&rsquo;OMC de 1994 sur la propriété intellectuelle. Dans ce nouveau système de recherche qui s\&rsquo;affirme, les recherches les plus fondamentales sont donc de plus en plus jugés par les marchés financiers et non plus seulement par les pairs… Dans les sciences de la vie, ce régime du brevet large a conduit à une course aux gènes (au détriment d\&rsquo;approches plus intégratives), et à une concentration oligopolistique.</p>
<p class=\"spip\">La capacité des mégafirmes agrochimiques et pharmaceutiques à pratiquer et à orienter la recherche dépasse aujourd\&rsquo;hui celles des pouvoirs publics. Cette suprématie des logiques de rentabilité financière de court terme sur la recherche limitent la capacité collective de nos sociétés à produire des connaissances libres, à élaborer une expertise publique indépendante et à développer des innovations d\&rsquo;intérêt général (logiciel libre, santé publique au Sud, santé environnementale au nord, développement et agriculture durable…). Ainsi, Monsanto et Dupont réunis détiennent-ils plus de brevets en Biotechnologie végétale que tout le secteur public du monde et fixent l\&rsquo;agenda des thématiques de recherche. Dans le domaine de la santé, seulement 0, 001% du budget de la recherche biomédicale (publique et privée) mondiale est consacré à l\&rsquo;étude des maladies infectieuses négligées des pays pauvres [<a id=\"nh2-1\" class=\"spip_note\" title=\"[1] Ces maladies sont : tuberculose, paludisme résistant à la chloroquine, (...)\" name=\"nh2-1\" href=\"http://www.sciencescitoyennes.org/#nb2-1\">1</a>].</p>
<p class=\"spip\">Comme tant d\&rsquo;autres secteurs, la recherche a donc été profondément transformée la mondialisation néolibérale. C\&rsquo;est bien cette nouvelle norme de financiarisation, de privatisation et de « flexibilisation » de la production des savoirs que le mouvement « Sauvons la recherche » a permis de commencer à questionner.</p>
<p class=\"spip\"><strong class=\"spip\">La seconde facette des transformations</strong> en cours des rapports entre science et société est l\&rsquo;irruption des « profanes » et de l\&rsquo;espace public. Autrefois, la négociation des choix de recherche et d\&rsquo;innovation était étroitement cantonnée au triangle : chercheurs, décideurs étatiques, entrepreneurs privés. Puis elle était diffusée (voire imposée) à la société civile (cf. notre parc nucléaire surdimensionné). Aujourd\&rsquo;hui le rapport de force a évolué en faveur d\&rsquo;une société civile plus éduquée, plus distante aux sirènes du « progrès » et moins encline à déléguer les choix à des institutions scientifiques lointaines : des laboratoires associatifs sont ainsi parvenus à réfuter le mensonge d\&rsquo;Etat sur le nuage de Tchernobyl, des ONG ont contesté en justice des décisions technico-scientifiques de l\&rsquo;Etat au nom du principe de précaution, un mouvement citoyen européen a pu bloquer et infléchir une trajectoire technologique (OGM) qui semblait acquise il y a 10 ans.</p>
<p class=\"spip\">L\&rsquo;avénement des « profanes » et de l\&rsquo;espace public dans les choix techniques et scientifique se double d\&rsquo;une évolution moins visible mais plus profonde encore. La production de savoirs et d\&rsquo;innovation est sortie des espaces confinés des institutions spécialisées (centres de recherche publics ou privés, bureau des méthodes, comité d\&rsquo;experts…). On voit des intermittents produire un contre plan. On voit le mouvement altermondialiste construire une forte expertise sur les grandes questions économiques, scientifiques et médicales internationales. On voit internet concurrencer les institutions traditionnelles de transmission des savoirs (école, musées, médias). On voit des malades du SIDA co-élaborer les protocoles d\&rsquo;essais thérapeutiques avec les chercheurs. On voit avec le logiciel libre monter une technologie née, en marge des firmes et des universités, de la libre coopération de passionnés ; on voit de simples paysans ou citoyens devenir acteurs reconnus de la gestion d\&rsquo;une biodiversité qu\&rsquo;on croyait naguère gérer dans des réserves ou des frigidaires scientifiques…</p>
<p class=\"spip\">A côté de la recherche publique et du secteur privé, émerge ainsi <strong class=\"spip\">un tiers secteur de la recherche associative, de l\&rsquo;expertise citoyenne et de l\&rsquo;innovation coopérative. Nous sommes entrés dans une société de la connaissance distribuée</strong>. De toutes ses mailles fleurissent les savoirs et les innovations qui font la cohésion sociale et la productivité économique de notre société. Les décideurs économiques ont si bien compris cette évolution qu\&rsquo;ils ont adapté leur formes de management pour mobiliser, au mieux de leurs intérêts, ces « externalités positives » diffuses (gestion par projet, décloisonnement, « management de la connaissance », « développement participatif », etc.).</p>
<p class=\"spip\">Sur la base de ces éléments d\&rsquo;analyse, quel nouveau contrat social peut-on refonder entre recherche et société ? trois pôles de production de savoir et de polarisation des recherches sont en présence : un pôle académique, un pôle marchand et un pôle sociétal. A moins de prétendre défendre le premier pôle contre les deux autres en sanctuarisant la science (au risque de faire en coulisse le jeu du pôle marchand, cf. les positions de l\&rsquo;Académie des Sciences sur le principe de précaution), trois grands scénarios restent envisageables, comme l\&rsquo;a montré l\&rsquo;étude « FUTURIS » de prospective sur la recherche française. Le premier, est l\&rsquo;alliance du monde scientifique et des oligopoles économiques. C\&rsquo;est le scénario dont nous nous approchons, où le réductionnisme se conjugue avec la marchandisation, où les critères de l\&rsquo;excellence scientifique et de la rentabilité à court terme s\&rsquo;accordent comme par enchantement pour laisser sur le bord de la route des disciplines comme les sciences humaines et sociales, la santé environnementale (où la France ne représente que 1,5% des publications mondiales), l\&rsquo;agronomie et les sciences du vivant intégratives pour une agriculture durable, les recherches sur les maladies du Sud. Le deuxième est l\&rsquo;alliance du marché et d\&rsquo;une société civile à dominante consommatrice. Le savoir ne vaudrait que comme instrument, la science y serait une marchandise comme les autres à se procurer au plus bas prix sur le marché mondial pour satisfaire des besoins de consommation ou de sensationnel. La France abandonnerait toute ambition d\&rsquo;innovation scientifique et technique et deviendrait un pays d\&rsquo;imitation, un parc de loisirs pour touristes et retraités. Le troisième est l\&rsquo;alliance, entre les chercheurs et les citoyens mobilisés pour co-produire les choix de recherche et les savoirs en vue de satisfaire les besoins —non solvables à court terme— de notre planète et ses habitants. Une politique ambitieuse pour la recherche publique en France (et en Europe) y est possible car enracinée dans le pari de l\&rsquo;intelligence collective et du développement durable. Aller vers ce scénario, le plus souhaitable, suppose d\&rsquo;inventer une nouvelle politique de recherche qu\&rsquo;on ne peut qu\&rsquo;esquisser ici :</p>
<p class=\"spip\"><img style=\"height: 11px; width: 8px;\" src=\"https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif\" alt=\"-\" width=\"8\" height=\"11\" /> moyens accrus pour le service public de recherche,</p>
<p class=\"spip\"><img style=\"height: 11px; width: 8px;\" src=\"https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif\" alt=\"-\" width=\"8\" height=\"11\" /> institutionnalisation de processus d\&rsquo;élaboration démocratique des choix scientifiques et du budget de la recherche,</p>
<p class=\"spip\"><img style=\"height: 11px; width: 8px;\" src=\"https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif\" alt=\"-\" width=\"8\" height=\"11\" /> réforme de l\&rsquo;expertise publique, afin qu\&rsquo;émancipée des lobbies économiques, elle joue à plein une fonction de moteur de recherches allant jusqu\&rsquo;au fondamental,</p>
<p class=\"spip\"><img style=\"height: 11px; width: 8px;\" src=\"https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif\" alt=\"-\" width=\"8\" height=\"11\" /> formation des étudiants des filières scientifiques aux enjeux sociétaux et environnementaux des diverses trajectoires de recherche et d\&rsquo;innovation,</p>
<p class=\"spip\"><img style=\"height: 11px; width: 8px;\" src=\"https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif\" alt=\"-\" width=\"8\" height=\"11\" /> création au niveau national et des conseils régionaux, à l\&rsquo;exemple de l\&rsquo;expérience canadienne, de fonds d\&rsquo;incitation pour les recherches menées en partenariat entre laboratoires publics et organisations à but non lucratif (et ce à même hauteur que les multiples financements publics, peu efficaces, visant à inciter à la recherche privée et aux partenariats laboratoire publics &#8211; entreprises privées),</p>
<p class=\"spip\"><img style=\"height: 11px; width: 8px;\" src=\"https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif\" alt=\"-\" width=\"8\" height=\"11\" /> abandon du paradigme diffusionniste de la « culture scientifique » en faveur de politiques de citoyenneté scientifique.</p>
<p class=\"spip\"><img style=\"height: 11px; width: 8px;\" src=\"https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif\" alt=\"-\" width=\"8\" height=\"11\" /> régime juridique adapté aux savoirs car il est contreproductif de corseter ces biens qui se multiplient en se partageant : libre accès aux publications scientifiques, outils alternatifs au brevet type « copyleft ».</p>
<p class=\"spip\"><strong class=\"spip\">Christophe Bonneuil</strong><br />
<em class=\"spip\">Historien des sciences au Cnrs (Centre Koyré, Paris), Secrétaire de la Fondation Sciences Citoyennes</em></p>
<hr />
<div class=\"rss_notes\">
<p class=\"spip_note\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2-1\" name=\"nb2-1\" href=\"http://www.sciencescitoyennes.org/#nh2-1\">1</a>] Ces maladies sont : tuberculose, paludisme résistant à la chloroquine, leishmaniose viscérale, filariose lymphatique, maladie de Chagas et schistosomiase.</p>
</div>
<p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/pour-une-alliance-chercheurs-citoyens-lavenir-de-la-recherche-passe-le-pari-de-la-citoyennete-3/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Pour une alliance chercheurs-citoyens &#8211; L&#039;avenir de la recherche passe le pari de la citoyenneté</title>
		<link>https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/pour-une-alliance-chercheurs-citoyens-lavenir-de-la-recherche-passe-le-pari-de-la-citoyennete/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[sc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 May 2004 22:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Lobbying]]></category>
		<category><![CDATA[Agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[Biotechnologie]]></category>
		<category><![CDATA[Brevet]]></category>
		<category><![CDATA[Christophe Bonneuil]]></category>
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		<category><![CDATA[Etats généraux sur l'avenir de la recherche]]></category>
		<category><![CDATA[Innovation]]></category>
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		<category><![CDATA[OGM]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L&#x2019;attaque du gouvernement contre la recherche publique de ces derniers mois, tout comme les d&#xE9;bats soci&#xE9;taux (sang contamin&#xE9;, amiante, clonage, OGM&#x2026;) de ces derni&#xE8;res ann&#xE9;es, sont les pointes de l&#x2019;iceberg d&#x2019;un profond mouvement de transformation des rapports entre science et soci&#xE9;t&#xE9;, en cours depuis deux ou trois d&#xE9;cennies.La premi&#xE8;re facette de cette transformation a touch&#xE9; [&#x2026;]</p><p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/pour-une-alliance-chercheurs-citoyens-lavenir-de-la-recherche-passe-le-pari-de-la-citoyennete/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="spip">L&rsquo;attaque du gouvernement contre la recherche publique de ces derniers mois, tout comme les débats sociétaux (sang contaminé, amiante, clonage, OGM…) de ces dernières années, sont les pointes de l&rsquo;iceberg d&rsquo;un profond mouvement de transformation des rapports entre science et société, en cours depuis deux ou trois décennies.<span id="more-1872"></span><strong class="spip">La première facette de cette transformation</strong> a touché les modes de production et de polarisation des savoirs. Pendant les Trente glorieuses, un Etat économiquement interventionniste et socialement redistributeur s&rsquo;est fait entrepreneur de science et a bâti notre système de recherche. Aujourd&rsquo;hui on tend au contraire vers une science pilotée par le marché. La réduction néolibérale du périmètre économique et des ambitions sociales de l&rsquo;Etat, et la place croissante de l&rsquo;immatériel dans la production de valeur ajoutée ont en effet conduit à des politiques de recherche, avant tout soucieuses de « valorisation » économique autour d&rsquo;un nouveau régime de propriété intellectuelle.</p>
<p class="spip">Ce nouveau régime, fondé sur le brevet systématique des savoirs, du vivant et des lignes de code informatique, a émergé aux États-Unis autour de 1980. Il s&rsquo;est ensuite imposé à toute la planète, via les accords de l&rsquo;OMC de 1994 sur la propriété intellectuelle. Dans ce nouveau système de recherche qui s&rsquo;affirme, les recherches les plus fondamentales sont donc de plus en plus jugés par les marchés financiers et non plus seulement par les pairs… Dans les sciences de la vie, ce régime du brevet large a conduit à une course aux gènes (au détriment d&rsquo;approches plus intégratives), et à une concentration oligopolistique.</p>
<p class="spip">La capacité des mégafirmes agrochimiques et pharmaceutiques à pratiquer et à orienter la recherche dépasse aujourd&rsquo;hui celles des pouvoirs publics. Cette suprématie des logiques de rentabilité financière de court terme sur la recherche limitent la capacité collective de nos sociétés à produire des connaissances libres, à élaborer une expertise publique indépendante et à développer des innovations d&rsquo;intérêt général (logiciel libre, santé publique au Sud, santé environnementale au nord, développement et agriculture durable…). Ainsi, Monsanto et Dupont réunis détiennent-ils plus de brevets en Biotechnologie végétale que tout le secteur public du monde et fixent l&rsquo;agenda des thématiques de recherche. Dans le domaine de la santé, seulement 0, 001% du budget de la recherche biomédicale (publique et privée) mondiale est consacré à l&rsquo;étude des maladies infectieuses négligées des pays pauvres [<a id="nh2-1" class="spip_note" title="[1] Ces maladies sont : tuberculose, paludisme résistant à la chloroquine, (...)" name="nh2-1" href="http://www.sciencescitoyennes.org/#nb2-1">1</a>].</p>
<p class="spip">Comme tant d&rsquo;autres secteurs, la recherche a donc été profondément transformée la mondialisation néolibérale. C&rsquo;est bien cette nouvelle norme de financiarisation, de privatisation et de « flexibilisation » de la production des savoirs que le mouvement « Sauvons la recherche » a permis de commencer à questionner.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">La seconde facette des transformations</strong> en cours des rapports entre science et société est l&rsquo;irruption des « profanes » et de l&rsquo;espace public. Autrefois, la négociation des choix de recherche et d&rsquo;innovation était étroitement cantonnée au triangle : chercheurs, décideurs étatiques, entrepreneurs privés. Puis elle était diffusée (voire imposée) à la société civile (cf. notre parc nucléaire surdimensionné). Aujourd&rsquo;hui le rapport de force a évolué en faveur d&rsquo;une société civile plus éduquée, plus distante aux sirènes du « progrès » et moins encline à déléguer les choix à des institutions scientifiques lointaines : des laboratoires associatifs sont ainsi parvenus à réfuter le mensonge d&rsquo;Etat sur le nuage de Tchernobyl, des ONG ont contesté en justice des décisions technico-scientifiques de l&rsquo;Etat au nom du principe de précaution, un mouvement citoyen européen a pu bloquer et infléchir une trajectoire technologique (OGM) qui semblait acquise il y a 10 ans.</p>
<p class="spip">L&rsquo;avénement des « profanes » et de l&rsquo;espace public dans les choix techniques et scientifique se double d&rsquo;une évolution moins visible mais plus profonde encore. La production de savoirs et d&rsquo;innovation est sortie des espaces confinés des institutions spécialisées (centres de recherche publics ou privés, bureau des méthodes, comité d&rsquo;experts…). On voit des intermittents produire un contre plan. On voit le mouvement altermondialiste construire une forte expertise sur les grandes questions économiques, scientifiques et médicales internationales. On voit internet concurrencer les institutions traditionnelles de transmission des savoirs (école, musées, médias). On voit des malades du SIDA co-élaborer les protocoles d&rsquo;essais thérapeutiques avec les chercheurs. On voit avec le logiciel libre monter une technologie née, en marge des firmes et des universités, de la libre coopération de passionnés ; on voit de simples paysans ou citoyens devenir acteurs reconnus de la gestion d&rsquo;une biodiversité qu&rsquo;on croyait naguère gérer dans des réserves ou des frigidaires scientifiques…</p>
<p class="spip">A côté de la recherche publique et du secteur privé, émerge ainsi <strong class="spip">un tiers secteur de la recherche associative, de l&rsquo;expertise citoyenne et de l&rsquo;innovation coopérative. Nous sommes entrés dans une société de la connaissance distribuée</strong>. De toutes ses mailles fleurissent les savoirs et les innovations qui font la cohésion sociale et la productivité économique de notre société. Les décideurs économiques ont si bien compris cette évolution qu&rsquo;ils ont adapté leur formes de management pour mobiliser, au mieux de leurs intérêts, ces « externalités positives » diffuses (gestion par projet, décloisonnement, « management de la connaissance », « développement participatif », etc.).</p>
<p class="spip">Sur la base de ces éléments d&rsquo;analyse, quel nouveau contrat social peut-on refonder entre recherche et société ? trois pôles de production de savoir et de polarisation des recherches sont en présence : un pôle académique, un pôle marchand et un pôle sociétal. A moins de prétendre défendre le premier pôle contre les deux autres en sanctuarisant la science (au risque de faire en coulisse le jeu du pôle marchand, cf. les positions de l&rsquo;Académie des Sciences sur le principe de précaution), trois grands scénarios restent envisageables, comme l&rsquo;a montré l&rsquo;étude « FUTURIS » de prospective sur la recherche française. Le premier, est l&rsquo;alliance du monde scientifique et des oligopoles économiques. C&rsquo;est le scénario dont nous nous approchons, où le réductionnisme se conjugue avec la marchandisation, où les critères de l&rsquo;excellence scientifique et de la rentabilité à court terme s&rsquo;accordent comme par enchantement pour laisser sur le bord de la route des disciplines comme les sciences humaines et sociales, la santé environnementale (où la France ne représente que 1,5% des publications mondiales), l&rsquo;agronomie et les sciences du vivant intégratives pour une agriculture durable, les recherches sur les maladies du Sud. Le deuxième est l&rsquo;alliance du marché et d&rsquo;une société civile à dominante consommatrice. Le savoir ne vaudrait que comme instrument, la science y serait une marchandise comme les autres à se procurer au plus bas prix sur le marché mondial pour satisfaire des besoins de consommation ou de sensationnel. La France abandonnerait toute ambition d&rsquo;innovation scientifique et technique et deviendrait un pays d&rsquo;imitation, un parc de loisirs pour touristes et retraités. Le troisième est l&rsquo;alliance, entre les chercheurs et les citoyens mobilisés pour co-produire les choix de recherche et les savoirs en vue de satisfaire les besoins —non solvables à court terme— de notre planète et ses habitants. Une politique ambitieuse pour la recherche publique en France (et en Europe) y est possible car enracinée dans le pari de l&rsquo;intelligence collective et du développement durable. Aller vers ce scénario, le plus souhaitable, suppose d&rsquo;inventer une nouvelle politique de recherche qu&rsquo;on ne peut qu&rsquo;esquisser ici :</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Pour une alliance chercheurs-citoyens - L&#039;avenir de la recherche passe le pari de la citoyenneté" /> moyens accrus pour le service public de recherche,</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Pour une alliance chercheurs-citoyens - L&#039;avenir de la recherche passe le pari de la citoyenneté" /> institutionnalisation de processus d&rsquo;élaboration démocratique des choix scientifiques et du budget de la recherche,</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Pour une alliance chercheurs-citoyens - L&#039;avenir de la recherche passe le pari de la citoyenneté" /> réforme de l&rsquo;expertise publique, afin qu&rsquo;émancipée des lobbies économiques, elle joue à plein une fonction de moteur de recherches allant jusqu&rsquo;au fondamental,</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Pour une alliance chercheurs-citoyens - L&#039;avenir de la recherche passe le pari de la citoyenneté" /> formation des étudiants des filières scientifiques aux enjeux sociétaux et environnementaux des diverses trajectoires de recherche et d&rsquo;innovation,</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Pour une alliance chercheurs-citoyens - L&#039;avenir de la recherche passe le pari de la citoyenneté" /> création au niveau national et des conseils régionaux, à l&rsquo;exemple de l&rsquo;expérience canadienne, de fonds d&rsquo;incitation pour les recherches menées en partenariat entre laboratoires publics et organisations à but non lucratif (et ce à même hauteur que les multiples financements publics, peu efficaces, visant à inciter à la recherche privée et aux partenariats laboratoire publics &#8211; entreprises privées),</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Pour une alliance chercheurs-citoyens - L&#039;avenir de la recherche passe le pari de la citoyenneté" /> abandon du paradigme diffusionniste de la « culture scientifique » en faveur de politiques de citoyenneté scientifique.</p>
<p class="spip"><img decoding="async" style="height: 11px; width: 8px;" src="https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif" alt="-" width="8" height="11"  title="Pour une alliance chercheurs-citoyens - L&#039;avenir de la recherche passe le pari de la citoyenneté" /> régime juridique adapté aux savoirs car il est contreproductif de corseter ces biens qui se multiplient en se partageant : libre accès aux publications scientifiques, outils alternatifs au brevet type « copyleft ».</p>
<p class="spip"><strong class="spip">Christophe Bonneuil</strong><br />
<em class="spip">Historien des sciences au Cnrs (Centre Koyré, Paris), Secrétaire de la Fondation Sciences Citoyennes</em></p>
<hr />
<div class="rss_notes">
<p class="spip_note">[<a class="spip_note" title="Notes 2-1" name="nb2-1" href="http://www.sciencescitoyennes.org/#nh2-1">1</a>] Ces maladies sont : tuberculose, paludisme résistant à la chloroquine, leishmaniose viscérale, filariose lymphatique, maladie de Chagas et schistosomiase.</p>
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<p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/pour-une-alliance-chercheurs-citoyens-lavenir-de-la-recherche-passe-le-pari-de-la-citoyennete/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>ATTAC et le mouvement des chercheurs</title>
		<link>https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/attac-et-le-mouvement-des-chercheurs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[sc]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Apr 2004 15:44:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Politique de la recherche]]></category>
		<category><![CDATA[Etats généraux sur l'avenir de la recherche]]></category>
		<category><![CDATA[Innovation]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Des milliers de directeurs de laboratoires ont massivement d&#xE9;missionn&#xE9; de leurs responsabilit&#xE9;s administratives le 9 Mars 2004, au fil d&#x2019;un combat qui, pour la premi&#xE8;re fois, a &#xE9;t&#xE9; largement m&#xE9;diatis&#xE9;. C&#x2019;est que les chercheurs ne disposent pas habituellement des moyens de pression d&#x2019;autres professionnels (enseignants, cheminots, journalistes, etc &#x2026;) pour d&#xE9;montrer leur contribution &#xE0; la [&#x2026;]</p><p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/attac-et-le-mouvement-des-chercheurs/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Des milliers de directeurs de laboratoires ont massivement démissionné de leurs responsabilités administratives le 9 Mars 2004, au fil d&rsquo;un combat qui, pour la première fois, a été largement médiatisé. C&rsquo;est que les chercheurs ne disposent pas habituellement des moyens de pression d&rsquo;autres professionnels (enseignants, cheminots, journalistes, etc …) pour démontrer leur contribution à la vie quotidienne : il n&rsquo;y a pas d&rsquo;usagers de la recherche en temps réel &#8230;<span id="more-1873"></span></p>
<p class="spip">Il était nécessaire qu&rsquo;ATTAC affirme sa solidarité avec ce mouvement car l&rsquo;activité de recherche est déterminante pour la culture et l&rsquo;économie, même si ses effets sont parfois largement différés. Comment accepter que le gouvernement concède à la recherche un « bonus » cinquante fois moindre que celui alloué aux restaurateurs ? ou qu&rsquo;il s&rsquo;oppose à la création de 550 postes, soit cinq fois moins que ceux créés dans l&rsquo;Armée en 2004 … ? Il est intéressant de remarquer combien le modèle libéral des Etats-Unis est ici, et de façon exceptionnelle, complètement bafoué : pourquoi notre gouvernement tellement soucieux de croissance et de compétitivité ne fait-il pas confiance à sa recherche scientifique (qui, toutes proportions gardées, ne fait pas si mauvaise figure) pour le progrès économique ? pourquoi n&rsquo;investit-il pas massivement dans la recherche et l&rsquo;innovation, conformément à ses discours plutôt que laisser les maîtres actuels du monde confisquer nos jeunes chercheurs ?</p>
<p class="spip">Je crois que les actions de ce gouvernement sont toujours des régressions en deux temps, comme montré dans d&rsquo;autres secteurs (éducation, santé, culture &#8230;) : d&rsquo;abord casser l&rsquo;outil, puis le réparer à la mode libérale. Nul doute que la recherche recevra de gros moyens dès que les chercheurs seront démunis du statut de fonctionnaire et que l&rsquo;industrie (déjà peu discrète) imposera les orientations des laboratoires publics.</p>
<p class="spip">Pourtant, dans ce débat sur la recherche, ATTAC ne peut se contenter de soutenir les chercheurs face aux incuries gouvernementales mais doit aussi faire des propositions pour que la recherche soit au service des citoyens du monde, c&rsquo;est-à-dire pour exiger que cette activité, comme les autres activités du secteur public, soit mise en démocratie. Pour celà il faut commencer, même si cela déplait à de nombreux collègues, par démystifier le métier et la fonction de la recherche. Par exemple, ne plus désigner les chercheurs comme « cerveaux » (« la fuite des cerveaux »), ce qui laisse croire à une élite parmi des citoyens décérébrés ; ne plus se focaliser sur une mythique « recherche fondamentale » alors que l&rsquo;acquisition de connaissances fondamentales et leur valorisation (« recherche appliquée ») s&rsquo;entremêlent dans les mêmes lieux et entre les mêmes mains, pour produire une recherche presque toujours orientée, finalisée ; ne plus parler de « science » mais de « technoscience » pour désigner cette situation ; ne plus accepter comme « progrès » tout ce qui est nouveau mais seulement ce qui est bénéfique, etc .</p>
<p class="spip">En fin 2003, peu avant le début du mouvement des chercheurs, le Conseil Scientifique d&rsquo;ATTAC avait créé un groupe de travail « Science et citoyenneté » pour réfléchir à la place de la technoscience dans la société et à l&rsquo;implication souhaitable des citoyens. Il est frappant de constater que les interventions récentes sur la crise et l&rsquo;avenir de la recherche ne font aucune place à cette préoccupation. Il n&rsquo;est question que de compétition entre chercheurs, avec des exemples fournis dans le milieu sportif : football (P. Kourilsky, Fr inter 10 Mars 2004) ou cyclisme (P. Pouletty,Le Monde, 6 Mars 2004). Comme si le but assigné à l&rsquo;institution de recherche par les citoyens qui la financent pouvait se confondre avec le carriérisme de quelques vainqueurs, comme si la collaboration entre les laboratoires internationaux n&rsquo;était pas le meilleur moyen de soulager les souffrances humaines. La recherche publique n&rsquo;a pas pour but essentiel d&rsquo;assurer la compétitivité, sous ses formes variées, mais de produire des connaissances et des moyens de jouissance, de développer la culture et l&rsquo;expertise publique, de favoriser la citoyenneté dans un monde largement soumis à la technoscience. Ni le manifeste « sauvons la recherche », ni « le projet pour le CNRS », ni la « contribution des Nobel », ni les innombrables prises de position dans les médias par des chercheurs ou des politiques ne se soucient des attentes des citoyens, et la mission attribuée aux « Etats Généraux de la Recherche » montre que le système se referme sur lui-même : le Comité national créé pour piloter ces Etats Généraux est exclusif du monde de « la science » et les finalités de ses travaux sont d&rsquo;orientation syndicale (emplois et budget) en ignorant les implications politiques et sociales.</p>
<p class="spip">Les chercheurs n&rsquo;ont aucune légitimité pour constituer seuls une communauté autonome, capable de savoir ce qu&rsquo;est le bien commun. D&rsquo;autant que, quels que soient les moyens qu&rsquo;on voudra lui attribuer, la recherche ne peut concerner qu&rsquo;une partie des sujets susceptibles d&rsquo;être explorés ou valorisés. Aussi, piloter la recherche c&rsquo;est d&rsquo;abord faire des choix. Or ces choix ne devraient pas échapper à la régulation sociale contrairement à ce que prétend le récent « projet pour le CNRS » où on peut lire « Le CNRS se doit de choisir les thèmes prioritaires en fonction de sa vision du monde scientifique, technologique, économique et social … » Veut-on une République des savants ou une démocratie des savoirs ? « Pour sauver la recherche, ouvrons là ! » avions nous écrit (Libération, 22 Janvier 2004) au nom de l&rsquo;Association Sciences Citoyennes, partenaire d&rsquo;ATTAC dans cette réflexion, mais le propos est encore inaudible pour la plupart des acteurs. Il l&rsquo;est même souvent pour le public, lequel hésite avant d&rsquo;oser poser les questions importantes : pourquoi des plantes transgéniques (toujours sans avantage) et pas plus de recherches sur les méthodes culturales, les améliorations variétales ? &#8230; pourquoi les thérapies géniques (toujours inefficaces) et pas plus de recherches sur les maladies contagieuses, surtout exotiques, sur les résistances bactériennes ? &#8230; pourquoi de nouvelles machines nucléaires (EPR, ITER, &#8230; toujours dangereuses à long terme) et pas plus de recherches sur les économies d&rsquo;énergie, la pollution environnementale ? &#8230;</p>
<p class="spip">La mission sociale de la recherche ce n&rsquo;est pas seulement de mener « l&rsquo;explication et le dialogue avec le public, d&rsquo;expliquer la recherche &#8230; » (dixit les Nobel), c&rsquo;est aussi de recueillir et respecter l&rsquo;opinion d&rsquo;un public informé, capable de faire des choix éclairés. Or, les modalités d&rsquo;un contrat entre science et société n&rsquo;ont jamais été établis. « Sauver la recherche » c&rsquo;est l&rsquo;ouvrir à la démocratie pour lui donner pleine légitimité. C&rsquo;est sur ces pistes que doit s&rsquo;engager la réflexion d&rsquo;ATTAC.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">Jacques Testart</strong>, <em class="spip">Directeur de Recherche à l&rsquo;INSERM</em></p>
<p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/attac-et-le-mouvement-des-chercheurs/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Sauvons la recherche !</title>
		<link>https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/sauvons-la-recherche/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[sc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Mar 2004 14:25:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Politique de la recherche]]></category>
		<category><![CDATA[Commissariat à l'Énergie Atomique (CEA)]]></category>
		<category><![CDATA[Etats généraux sur l'avenir de la recherche]]></category>
		<category><![CDATA[Université]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>A l&#x2019;aube du XXI si&#xE8;cle, la France a besoin d&#x2019;une recherche vigoureuse. Cette activit&#xE9; est indispensable aux innovations de demain, au d&#xE9;veloppement &#xE9;conomique de notre pays, ainsi qu&#x2019;&#xE0; son rayonnement culturel. Dans la conjoncture actuelle, les pays qui ne maintiendront pas un outil de recherche d&#x2019;excellence seront incapables de suivre l&#x2019;acc&#xE9;l&#xE9;ration de l&#x2019;&#xE9;volution &#xE9;conomique associ&#xE9;e [&#x2026;]</p><p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/sauvons-la-recherche/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span class="spip">A l&rsquo;aube du XXI siècle, la France a besoin d&rsquo;une recherche vigoureuse</span>. Cette activité est indispensable aux innovations de demain, au développement économique de notre pays, ainsi qu&rsquo;à son rayonnement culturel. Dans la conjoncture actuelle, les pays qui ne maintiendront pas un outil de recherche d&rsquo;excellence seront incapables de suivre l&rsquo;accélération de l&rsquo;évolution économique associée à la production des connaissances. Plus grave encore, ils deviendront rapidement incapables de former les jeunes générations de manière compétitive. Ils entreront donc dans une dépendance économique difficilement réversible.<span id="more-1874"></span></p>
<p class="spip"><strong class="spip">Croire que l&rsquo;on peut limiter la recherche à quelques axes prioritaires pour la société, c&rsquo;est entrer dans une logique de sous-développement</strong>. Les retombées utiles et rentables viennent et viendront de la recherche appliquée. Mais celle-ci ne peut exister qu&rsquo;en utilisant les nouveaux outils et les concepts inventés par la recherche fondamentale. Comme l&rsquo;objectif de cette dernière est le développement des connaissances, indépendamment de toute rentabilité escomptée, elle ne peut être soutenue, pour l&rsquo;essentiel, que par des financements publics. Cette responsabilité centrale de l&rsquo;Etat ne peut être transférée aux organismes caritatifs, privés, ou aux structures internationales même si les chercheurs savent trouver auprès de ces bailleurs d&rsquo;importants compléments de financement.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">En France, nous assistons à un abandon de la recherche fondamentale par l&rsquo;Etat</strong>. Cette politique entraînera irrémédiablement à sa suite un effondrement de toute recherche appliquée. Nous en avons déjà des exemples avec la fermeture de centres de recherche privée (Aventis, Pfizer), qui préfèrent exercer cette activité là où le lien entre recherche fondamentale et appliquée est soutenu : aux USA. Car il faut le redire : l&rsquo;industrie privée américaine est massivement dépendante du secteur public. En gros, dans le domaine de la santé, les grandes compagnies pharmaceutiques se transforment en sociétés financières, spécialisées dans le rachat des start ups issues du monde académique, quand elles réussissent. Mais il n&rsquo;y a plus réellement de recherche pharmaceutique privée, et c&rsquo;est tout aussi vrai en Europe. Si les parlementaires américains, quelle que soit leur appartenance politique, ont voté les augmentations considérables et récurrentes proposées par l&rsquo;administration Clinton pour le budget du NIH, c&rsquo;est parce que les biologistes ont su rallier l&rsquo;industrie pharmaceutique à cette cause et ont convaincu le gouvernement d&rsquo;injecter de l&rsquo;argent fédéral dans la recherche académique, afin de disposer de la recherche la plus innovante possible.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">En dépit du discours officiel affirmant que la recherche est une priorité nationale, le gouvernement français est bel et bien en train de fermer le secteur de la recherche publique, sans même se rendre compte qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien pour la remplacer</strong>. Il asphyxie financièrement les organismes de recherche publique. Les baisses de crédits ajoutées aux annulations de crédits et au non paiement des crédits votés par le Parlement (début décembre 2003, 50% des crédits de fonctionnements 2002 du CNRS ne lui avaient toujours pas été versés !) mettent plusieurs EPST (Etablissements Publics à caractère Scientifique et Technique, comme le CNRS, l&rsquo;INSERM ou l&rsquo;INRA) et les EPIC (Etablissement Public Industriel et Commercial, dont le CEA) au bord de la faillite. Alors que la recherche, qui est une activité sur le long terme, a besoin de perspectives claires, le gouvernement décide une réduction brutale du nombre de recrutements de jeunes chercheurs (un exemple, pour les recrutements de chargés de recherche à l&rsquo;INSERM : 95 recrutements en 2002, 30 prévus en 2004). Coïncidant avec un départ massif des cadres de la recherche française à la retraite, cet abandon fera que l&rsquo;écart avec les autres pays équivalents atteindra rapidement un point de non retour, d&rsquo;autant plus rapidement que les jeunes scientifiques s&rsquo;expatrieront, un mouvement déjà largement amorcé.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">Les grandes orientations de la politique scientifique doivent être contrôlées par la représentation nationale. Mais le gouvernement ne peut à la fois désengager l&rsquo;Etat et piloter la recherche avec des méthodes qui risquent de la paralyser</strong>. Ainsi, les moyens d&rsquo;intervention sont de plus en plus concentrés au niveau du ministère. La distribution des fonds publics de la recherche utilise désormais des circuits improvisés et sans continuité, dont la logique la plus claire est de priver les EPST (dont les universités) et les EPIC, de leur capacité d&rsquo;intervention. Des comités ad hoc sont créés dans l&rsquo;urgence pour décider de l&rsquo;attribution de sommes importantes à des programmes exceptionnels, des experts sont désignés hâtivement pour choisir les jeunes chercheurs à soutenir. Instaurées au nom d&rsquo;une meilleure efficacité dans le pilotage de la recherche, ces pratiques ont pour effet de multiplier des comités à durée de vie limitée, aux critères d&rsquo;évaluation souvent opaques, et de mobiliser beaucoup d&rsquo;énergie prise sur l&rsquo;encadrement des laboratoires des EPST et des EPIC. L&rsquo;ironie est en effet que les experts scientifiques ne peuvent venir que des laboratoires où se trouve la compétence, c&rsquo;est-à-dire des EPST et des EPIC. Certes, le pilotage par le gouvernement est nécessaire pour la mise en place de très grands équipements, ou de structures spécifiques comme les Maisons de l&rsquo;homme en sciences sociales, ou enfin pour le développement d&rsquo;applications de la recherche, mais à condition que ce pilotage soit mis en place de manière transparente et en concertation avec les organismes de recherche, en évitant les improvisations et changements péremptoires d&rsquo;orientations, et qu&rsquo;il s&rsquo;accompagne d&rsquo;un soutien sans faille à la recherche fondamentale, dans toute sa diversité, avec comme seul critère de jugement celui de l&rsquo;excellence scientifique.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">Il n&rsquo;existe pas d&rsquo;exemple de recherche scientifique exclusivement animée et pilotée par un Ministère</strong>. C&rsquo;est une confusion des genres et une illusion scientifico-bureaucratique que de croire à un tel schéma, comme semblent le faire beaucoup d&rsquo;hommes politiques de tous bords. Il n&rsquo;y a pas de recherche digne de ce nom sans des organismes de recherche et des universités puissantes, capables de réagir à la conjoncture scientifique internationale. Même s&rsquo;il faut en analyser les structures et les pratiques avec lucidité, même si des évolutions sont nécessaires, comme le pensent depuis longtemps beaucoup de signataires, il faut rappeler avec la plus grande fermeté que c&rsquo;est dans ces organismes de recherche que se trouvent la pratique scientifique et une compétence irremplaçables pour la formation des jeunes, la réponse aux évolutions rapides des savoirs et l&rsquo;évaluation des résultats.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">Les scientifiques signataires considèrent de leur responsabilité d&rsquo;agir collectivement contre une destruction programmée de l&rsquo;appareil de recherche français</strong>. En conséquence :</p>
<p class="spip">1) Nous demandons que les sommes dues aux organismes (dotations 2002 toujours non versées) leur soient immédiatement versées.</p>
<p class="spip">2) Nous demandons que le nombre de possibilités d&#8217;embauche proposées aux jeunes chercheurs pour les concours 2004 soit significativement augmenté.</p>
<p class="spip">3) Nous souhaitons qu&rsquo;une mobilisation profonde du monde de la recherche prenne corps pour que la situation puisse être comprise du monde politique et économique, et de l&rsquo;opinion. Nous demandons au Ministère de la Recherche que soit mise en chantier dans les plus brefs délais la préparation d&rsquo;<strong class="spip">ASSISES NATIONALES DE LA RECHERCHE</strong>, dont l&rsquo;exemple pourrait être le colloque de Caen qui fut à l&rsquo;origine du renouveau spectaculaire de la recherche française dans les années 60. Un tel colloque, en réunissant les acteurs économiques et politiques concernés, en n&rsquo;éludant aucune des questions qui conditionnent la dynamique et la réactivité de notre système de recherche, visera à une refondation d&rsquo;un secteur d&rsquo;activité vital pour l&rsquo;avenir des citoyens de ce pays, secteur dont tant de jeunes aujourd&rsquo;hui se détournent. Il devra déboucher sur la mise en place d&rsquo;une politique pluri-annuelle offrant des perspectives d&#8217;embauche et de carrière attractives pour les jeunes chercheurs.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">Si les pouvoirs publics ne mesurent pas la gravité de la situation, et en particulier la désespérance des plus jeunes qui devient le problème central de nos laboratoires, SI DONC CES DEMANDES NE SONT PAS SATISFAITES DANS LE DELAI D&rsquo;URGENCE QU&rsquo;EXIGE LE TRAITEMENT DE LA CRISE QUE NOUS SUBISSONS, LES DIRECTEURS D&rsquo;UNITES ET D&rsquo;EQUIPES SIGNATAIRES PRESENTERONT LA DEMISSION COLLECTIVE DE LEURS FONCTIONS DE DIRECTION</strong>.</p>
<p class="spip">Ils sont conscients de la gravité qu&rsquo;aurait une telle décision. Mais soucieux de préserver les plus jeunes, ils n&rsquo;auraient que ce moyen pour être entendus des pouvoirs publics, des responsables économiques et de l&rsquo;opinion.</p>
<p class="spip"><strong class="spip">Les soussignés appellent à se joindre à ce mouvement de révolte contre le démantèlement de l&rsquo;appareil de recherche en France, les membres des commissions CNRS et INSERM et leurs présidents, les personnels des autres EPST et EPIC, les collectifs de jeunes chercheurs, les présidents de sociétés savantes, selon des formes que chaque catégorie déterminera à son niveau de responsabilité. Ils appellent également à se joindre à eux les enseignants-chercheurs, qui sont aussi touchés par ces mesures, et susceptibles d&rsquo;en expliquer la gravité aux étudiants qui se détermineront pour savoir s&rsquo;ils souhaitent amplifier ce mouvement</strong>.</p>
<p class="spip"><a class="spip_out" href="http://recherche-en-danger.apinc.org/sommaire_petition.php3">http://recherche-en-danger.apinc.org/sommaire_petition.php3</a></p>
<p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/sauvons-la-recherche/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Pour sauver la recherche : Quel contrat entre science et société ?</title>
		<link>https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/pour-sauver-la-recherche-quel-contrat-entre-science-et-societe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[sc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Mar 2004 23:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouvrons la recherche !]]></category>
		<category><![CDATA[Agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[Développement durable]]></category>
		<category><![CDATA[Etats généraux sur l'avenir de la recherche]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Apr&#xE8;s la culture, c&#x2019;est au tour de la recherche publique de subir les coupes sombres &#xE0; courte vue du gouvernement Raffarin. Suppressions de postes, r&#xE9;ductions de cr&#xE9;dits, renforcement des logiques de financement &#xE0; court terme. On met la recherche publique au pain sec pour d&#xE9;gager des cr&#xE9;dits redistribu&#xE9;s aux entreprises sous la forme de ristournes [&#x2026;]</p><p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/pour-sauver-la-recherche-quel-contrat-entre-science-et-societe/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après la culture, c&rsquo;est au tour de la recherche publique de subir les coupes sombres à courte vue du gouvernement Raffarin. Suppressions de postes, réductions de crédits, renforcement des logiques de financement à court terme. On met la recherche publique au pain sec pour dégager des crédits redistribués aux entreprises sous la forme de ristournes fiscales à la recherche privée ; on précarise les chercheurs, à commencer par les jeunes.<strong class="spip"> </strong><span class="spip">On retrouve là les recettes néo-libérales, à présent appliquées aux systèmes de recherche, qui sont en plein mutation depuis une ou deux décennies</span> : constitution d&rsquo;un marché de la connaissance, pilotage accru de la recherche par les acteurs économiques et ministériels au détriment de l&rsquo;autonomie des chercheurs et de la recherche de base.<span id="more-1875"></span></p>
<p class="spip">Dans ce contexte, la Fondation Sciences Citoyennes s&rsquo;inscrit pleinement dans le mouvement de défense de la recherche publique. Sa défense, comme celle de l&rsquo;éducation ou de la santé passe toutefois par une interrogation sur ses objectifs et ses modes de fonctionnement, par une réflexion critique sur son avenir. Les rôles de la recherche publique (production de connaissances, de citoyens, d&rsquo;expertise publique, de culture) ne sauraient être limités à la seule « compétitivité ». Ses champs d&rsquo;investigation doivent rester divers et ne sauraient se limiter à quelques grands programmes spatiaux ou nucléaires aspirateurs de crédits ni à quelques modes « nano » ou « bio » -technologiques, pendant que d&rsquo;autres domaines de recherche (biologie intégrative, santé environnementale…) sont laissés à l&rsquo;abandon.</p>
<p class="spip">C&rsquo;est ainsi que la Fondation Sciences Citoyennes a choisi de faire des propositions dans un domaine qui touche directement tous les français : nous lançons avec « Ouvrons la recherche » des <strong class="spip">« forums de la recherche publique pour l&rsquo;agriculture durable et une bonne alimentation, dans un environnement sain et des campagnes vivante »</strong> (appel à ces forums à signer sur http://www.sciencescitoyennes.org). Le combat pour « sauver la recherche » est aujourd&rsquo;hui vital. Mais ce combat suppose de poser la question des sources de la crise. Celles-ci tiennent à la polarisation marchande de la recherche qui passe par la généralisation de l&rsquo;appropriation des savoirs, par les liens étroits avec les marchés, par le poids accordé aux demandes industrielles de court terme. Mais la crise tient aussi aux crises sanitaires, écologiques, agricoles qui contribuent à ce que nos concitoyens voient dans la science et ses institutions autant la source de problèmes que des moyens pour leur résolution.</p>
<p class="spip">En réponse, quelle forme faut-il donner au contrat entre science et société ? Faut-il invoquer le mythe, jamais observé dans l&rsquo;histoire, d&rsquo;une science aux priorités totalement auto-définies par les chercheurs (fut-ce au nom d&rsquo;une compétitivité future promise) ? Ou bien faut-il baser la nécessaire relégitimation de la recherche publique sur une co-construction de ses priorités avec la société civile ? Faut-il souhaiter une « République des savants » ou une démocratie des savoirs ? Le développement durable de la recherche n&rsquo;est-il pas intimement lié au souci d&rsquo;une recherche pour le développement durable ? Les chercheurs, aujourd&rsquo;hui prisonniers de leurs liens avec les industriels, n&rsquo;ont-ils pas une marge de liberté à gagner en pluralisant leurs partenariats, en jouant la carte des besoins d&rsquo;expertise publique, du développement durable et de la co-production des savoirs ?<strong class="spip"> Pour sauver la recherche publique, ne faut-il pas de toute urgence l&rsquo;ouvrir au débat démocratique ? </strong></p>
<p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/pour-sauver-la-recherche-quel-contrat-entre-science-et-societe/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>On ne sauvera la recherche que si on l\&#8217;ouvre à la société</title>
		<link>https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/on-ne-sauvera-la-recherche-que-si-on-louvre-a-la-societe-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[sc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Jan 2004 10:43:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouvrons la recherche !]]></category>
		<category><![CDATA[Agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[André Cicolella]]></category>
		<category><![CDATA[Etats généraux sur l'avenir de la recherche]]></category>
		<category><![CDATA[Jacques Testart]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Paul Gaudillère]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si la marchandisation des savoirs est une menace, ne pas &#xE9;couter la soci&#xE9;t&#xE9; civile l\&#x2019;est tout autant. Lib&#xE9;ration / Rebonds /22 janvier 2004. En quelques jours, plus de 17 000 chercheurs ont sign&#xE9; une p&#xE9;tition dans laquelle ils mettent en balance leur d&#xE9;mission de toute responsabilit&#xE9; administrative si le gouvernement ne change rien &#xE0; sa [&#x2026;]</p><p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/on-ne-sauvera-la-recherche-que-si-on-louvre-a-la-societe-2/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class=\"rss_chapo\">Si la marchandisation des savoirs est une menace, ne pas écouter la société civile l\&rsquo;est tout autant. Libération / Rebonds /22 janvier 2004. En quelques jours, plus de 17 000 chercheurs ont signé une pétition dans laquelle ils mettent en balance leur démission de toute responsabilité administrative si le gouvernement ne change rien à sa politique budgétaire&#8230; Dans un milieu qui n\&rsquo;est pas caractérisé par les traditions de mobilisation collective, il s\&rsquo;agit d\&rsquo;un bon indice de la crise que traverse aujourd\&rsquo;hui la recherche.<span id="more-144610"></span>Cette crise trouve ses racines dans une remise en cause de la recherche publique au sein du système scientifique français. Celle-ci a désormais deux dimensions.</div>
<div class=\"rss_texte\">
<p class=\"spip\">La première, révélée par les suppressions de postes du gouvernement Raffarin, est le fait que <strong class=\"spip\">le service public de recherche n\&rsquo;est plus un territoire protégé</strong>, qu\&rsquo;il est, lui aussi, la cible d\&rsquo;une politique libérale de déplacement des moyens au profit du privé. Dans les labos, nombreux sont ceux qui partagent la conviction que la droite entend, à terme, faire disparaître la figure du chercheur titulaire d\&rsquo;un emploi à vie, libre de choisir ses sujets de travail, évalué par ses pairs. Le scientifique nouveau sera, comme dans toutes les entreprises du nouveau capitalisme, un opérateur contractuel, un chercheur flexible, embauché pour un projet qui mêle acquisition de connaissances et application, et surtout qui répond à une demande industrielle spécifique.</p>
<p class=\"spip\">La seconde remise en cause est <strong class=\"spip\">l\&rsquo;abandon de cette hiérarchie entre recherche « fondamentale » et recherche « finalisée » qui privilégiait la première</strong>. Dans l\&rsquo;équation caractéristique du modèle scientifique des Trente Glorieuses, un lien étroit existait entre recherche publique d\&rsquo;Etat et investigations à visée cognitive contribuant au progrès économique et social de façon indirecte. Ce modèle a été incarné par les agences publiques, du CNRS à l\&rsquo;Inra en passant par l\&rsquo;Inserm ou l\&rsquo;IRD. Depuis vingt ans, il a été ébranlé par la multiplication des contrats industriels, par la création, via la législation sur les brevets et les entreprises « innovantes », de véritables marchés scientifiques qui permettent une appropriation de savoirs de plus en plus généraux.</p>
<p class=\"spip\">Les pétitionnaires considèrent qu\&rsquo;une politique de dynamisation de la recherche, basée sur le remplacement d\&rsquo;une recherche publique forte, par les partenariats avec le privé et sur la flexibilisation de l\&#8217;emploi, mettra en danger l\&rsquo;infrastructure de recherche française. Il faut donc « sauver » la recherche. Nous partageons cette vision. Mais nous pensons aussi que <strong class=\"spip\">la défense du service public, en matière de recherche comme en matière d\&rsquo;éducation ou de santé, passe par une interrogation sur ses objectifs et modes de fonctionnement, par une réflexion critique sur son avenir</strong>. De ce point de vue, la pétition est loin du compte. En s\&rsquo;arc-boutant sur le refus de tout « pilotage » par d\&rsquo;autres instances que les commissions de chercheurs, elle passe à côté de la crise de légitimité que connaissent nos organismes. Elle passe à côté de l\&rsquo;exigence de leur démocratisation.</p>
<p class=\"spip\">Cette crise de légitimité a, bien sûr, à voir avec le resserrement des liens entre science et marché. Toutefois, elle tient aussi à la rupture du contrat qui liait chercheurs et citoyens. La multiplication des crises sanitaires, écologiques, agricoles, éthiques ou énergétiques a largement contribué à ce que nos concitoyens voient dans la science et ses institutions autant la source des problèmes que des moyens pour leur résolution. Dans une société qui n\&rsquo;a jamais été aussi éduquée, la multiplication des débats et des « affaires » témoigne d\&rsquo;une érosion radicale de la confiance dans les grands systèmes scientifiques et techniques. <strong class=\"spip\">L\&rsquo;avancée des sciences n\&rsquo;est plus automatiquement acceptée comme synonyme de progrès</strong>.</p>
<p class=\"spip\">Se replier dans la tour d\&rsquo;ivoire d\&rsquo;une recherche pure, neutre, et menée en l\&rsquo;absence de tout lien aux demandes sociales est non seulement utopique mais tout aussi préjudiciable que la marchandisation des savoirs. Si la recherche finalisée se concentre actuellement sur des thématiques peu variées, c\&rsquo;est parce qu\&rsquo;<strong class=\"spip\">elle est choisie selon des critères qui ne prennent pas vraiment en compte les attentes des citoyens</strong>. Les appels d\&rsquo;offres, contrats et recrutements des EPST (Etablissements publics à caractère scientifique et technique) se focalisent, d\&rsquo;année en année, sur les mêmes thématiques, au point où <strong class=\"spip\">des pans entiers de recherche sont négligés, voire abandonnés</strong>. Il suffit d\&rsquo;avoir en tête le débat sur les OGM, la difficulté à faire exister les études sur les risques face à l\&rsquo;armada de biologistes préparant de nouveaux organismes modifiés, l\&rsquo;état de déshérence dans lequel se trouvent la recherche agronomique intégrative ou les disciplines liées à la santé environnementale pour s\&rsquo;en rendre compte.</p>
<p class=\"spip\">On rétorquera que les choix de recherche sont des choses bien trop complexes pour être laissés aux profanes. Pourtant, <strong class=\"spip\">le rôle d\&rsquo;un système de recherche de qualité est justement d\&rsquo;aider la société civile à faire des choix éclairés</strong>, ce qui suppose d\&rsquo;être à son écoute et de l\&rsquo;impliquer dans l\&rsquo;élaboration des décisions concernant les grands objectifs et les usages des résultats. Comme l\&rsquo;indiquent de nombreuses expériences récentes de débat démocratique, les citoyens sont capables d\&rsquo;émettre des jugements pertinents sur les activités de recherche et leurs conséquences, pourvu qu\&rsquo;ils soient au préalable éclairés de façon complète et pluraliste.</p>
<p class=\"spip\">Depuis une dizaine d\&rsquo;années de lutte contre le sida en débat sur l\&rsquo;épidémie d\&rsquo;ESB , des procédures sont apparues qui visent à mettre la technoscience en démocratie : création de nouvelles agences d\&rsquo;expertise, intégration de représentants de la société civile au sein des conseils d\&rsquo;administration des agences de recherche, dialogue avec des associations. Ces évolutions sont des éléments décisifs d\&rsquo;un service public de qualité. Elles doivent être défendues et étendues. Mais il y a plus. Le fait qu\&rsquo;un jeune chercheur soit aujourd\&rsquo;hui largement encouragé et récompensé pour avoir travaillé, dans son laboratoire CNRS, pour Monsanto et qu\&rsquo;il soit, au contraire, considéré comme un militant et pénalisé s\&rsquo;il décide de répondre à une demande d\&rsquo;expertise de Greenpeace n\&rsquo;est pas à l\&rsquo;honneur de notre système de recherche. <strong class=\"spip\">L\&rsquo;enjeu est donc d\&rsquo;inventer d\&rsquo;autres dispositifs</strong>, comme les conférences de citoyens qui, suivies d\&rsquo;un débat parlementaire, constituent des dispositifs crédibles de programmation et d\&rsquo;évaluation des choix scientifiques et techniques.</p>
<p class=\"spip\">Il s\&rsquo;agit également de tisser de nouveaux liens entre la recherche publique et ce que l\&rsquo;on peut désormais appeler un « tiers secteur scientifique », c\&rsquo;est-à-dire cet ensemble d\&rsquo;organisations citoyennes qui élaborent, sous des formes diverses, une expertise indépendante sur les enjeux scientifiques et techniques et qui sont parfois directement impliquées dans le soutien et l\&rsquo;évaluation de la recherche.</p>
<p class=\"spip\">En un mot : <strong class=\"spip\">pour sauver la recherche, ouvrons-la</strong>.</p>
<p class=\"spip\"><em class=\"spip\">Par André CICOLELLA, Laurent DIANOUX, Jean-Paul GAUDILLIÈRE et Jacques TESTART</em></p>
</div>
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		<title>On ne sauvera la recherche que si on l&#039;ouvre à la société</title>
		<link>https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/on-ne-sauvera-la-recherche-que-si-on-louvre-a-la-societe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[sc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Jan 2004 10:43:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouvrons la recherche !]]></category>
		<category><![CDATA[Agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[André Cicolella]]></category>
		<category><![CDATA[Etats généraux sur l'avenir de la recherche]]></category>
		<category><![CDATA[Jacques Testart]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Paul Gaudillère]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si la marchandisation des savoirs est une menace, ne pas &#xE9;couter la soci&#xE9;t&#xE9; civile l&#x2019;est tout autant. Lib&#xE9;ration / Rebonds /22 janvier 2004. En quelques jours, plus de 17 000 chercheurs ont sign&#xE9; une p&#xE9;tition dans laquelle ils mettent en balance leur d&#xE9;mission de toute responsabilit&#xE9; administrative si le gouvernement ne change rien &#xE0; sa [&#x2026;]</p><p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/on-ne-sauvera-la-recherche-que-si-on-louvre-a-la-societe/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="rss_chapo">Si la marchandisation des savoirs est une menace, ne pas écouter la société civile l&rsquo;est tout autant. Libération / Rebonds /22 janvier 2004. En quelques jours, plus de 17 000 chercheurs ont signé une pétition dans laquelle ils mettent en balance leur démission de toute responsabilité administrative si le gouvernement ne change rien à sa politique budgétaire&#8230; Dans un milieu qui n&rsquo;est pas caractérisé par les traditions de mobilisation collective, il s&rsquo;agit d&rsquo;un bon indice de la crise que traverse aujourd&rsquo;hui la recherche.<span id="more-1876"></span>Cette crise trouve ses racines dans une remise en cause de la recherche publique au sein du système scientifique français. Celle-ci a désormais deux dimensions.</div>
<div class="rss_texte">
<p class="spip">La première, révélée par les suppressions de postes du gouvernement Raffarin, est le fait que <strong class="spip">le service public de recherche n&rsquo;est plus un territoire protégé</strong>, qu&rsquo;il est, lui aussi, la cible d&rsquo;une politique libérale de déplacement des moyens au profit du privé. Dans les labos, nombreux sont ceux qui partagent la conviction que la droite entend, à terme, faire disparaître la figure du chercheur titulaire d&rsquo;un emploi à vie, libre de choisir ses sujets de travail, évalué par ses pairs. Le scientifique nouveau sera, comme dans toutes les entreprises du nouveau capitalisme, un opérateur contractuel, un chercheur flexible, embauché pour un projet qui mêle acquisition de connaissances et application, et surtout qui répond à une demande industrielle spécifique.</p>
<p class="spip">La seconde remise en cause est <strong class="spip">l&rsquo;abandon de cette hiérarchie entre recherche « fondamentale » et recherche « finalisée » qui privilégiait la première</strong>. Dans l&rsquo;équation caractéristique du modèle scientifique des Trente Glorieuses, un lien étroit existait entre recherche publique d&rsquo;Etat et investigations à visée cognitive contribuant au progrès économique et social de façon indirecte. Ce modèle a été incarné par les agences publiques, du CNRS à l&rsquo;Inra en passant par l&rsquo;Inserm ou l&rsquo;IRD. Depuis vingt ans, il a été ébranlé par la multiplication des contrats industriels, par la création, via la législation sur les brevets et les entreprises « innovantes », de véritables marchés scientifiques qui permettent une appropriation de savoirs de plus en plus généraux.</p>
<p class="spip">Les pétitionnaires considèrent qu&rsquo;une politique de dynamisation de la recherche, basée sur le remplacement d&rsquo;une recherche publique forte, par les partenariats avec le privé et sur la flexibilisation de l&#8217;emploi, mettra en danger l&rsquo;infrastructure de recherche française. Il faut donc « sauver » la recherche. Nous partageons cette vision. Mais nous pensons aussi que <strong class="spip">la défense du service public, en matière de recherche comme en matière d&rsquo;éducation ou de santé, passe par une interrogation sur ses objectifs et modes de fonctionnement, par une réflexion critique sur son avenir</strong>. De ce point de vue, la pétition est loin du compte. En s&rsquo;arc-boutant sur le refus de tout « pilotage » par d&rsquo;autres instances que les commissions de chercheurs, elle passe à côté de la crise de légitimité que connaissent nos organismes. Elle passe à côté de l&rsquo;exigence de leur démocratisation.</p>
<p class="spip">Cette crise de légitimité a, bien sûr, à voir avec le resserrement des liens entre science et marché. Toutefois, elle tient aussi à la rupture du contrat qui liait chercheurs et citoyens. La multiplication des crises sanitaires, écologiques, agricoles, éthiques ou énergétiques a largement contribué à ce que nos concitoyens voient dans la science et ses institutions autant la source des problèmes que des moyens pour leur résolution. Dans une société qui n&rsquo;a jamais été aussi éduquée, la multiplication des débats et des « affaires » témoigne d&rsquo;une érosion radicale de la confiance dans les grands systèmes scientifiques et techniques. <strong class="spip">L&rsquo;avancée des sciences n&rsquo;est plus automatiquement acceptée comme synonyme de progrès</strong>.</p>
<p class="spip">Se replier dans la tour d&rsquo;ivoire d&rsquo;une recherche pure, neutre, et menée en l&rsquo;absence de tout lien aux demandes sociales est non seulement utopique mais tout aussi préjudiciable que la marchandisation des savoirs. Si la recherche finalisée se concentre actuellement sur des thématiques peu variées, c&rsquo;est parce qu&rsquo;<strong class="spip">elle est choisie selon des critères qui ne prennent pas vraiment en compte les attentes des citoyens</strong>. Les appels d&rsquo;offres, contrats et recrutements des EPST (Etablissements publics à caractère scientifique et technique) se focalisent, d&rsquo;année en année, sur les mêmes thématiques, au point où <strong class="spip">des pans entiers de recherche sont négligés, voire abandonnés</strong>. Il suffit d&rsquo;avoir en tête le débat sur les OGM, la difficulté à faire exister les études sur les risques face à l&rsquo;armada de biologistes préparant de nouveaux organismes modifiés, l&rsquo;état de déshérence dans lequel se trouvent la recherche agronomique intégrative ou les disciplines liées à la santé environnementale pour s&rsquo;en rendre compte.</p>
<p class="spip">On rétorquera que les choix de recherche sont des choses bien trop complexes pour être laissés aux profanes. Pourtant, <strong class="spip">le rôle d&rsquo;un système de recherche de qualité est justement d&rsquo;aider la société civile à faire des choix éclairés</strong>, ce qui suppose d&rsquo;être à son écoute et de l&rsquo;impliquer dans l&rsquo;élaboration des décisions concernant les grands objectifs et les usages des résultats. Comme l&rsquo;indiquent de nombreuses expériences récentes de débat démocratique, les citoyens sont capables d&rsquo;émettre des jugements pertinents sur les activités de recherche et leurs conséquences, pourvu qu&rsquo;ils soient au préalable éclairés de façon complète et pluraliste.</p>
<p class="spip">Depuis une dizaine d&rsquo;années de lutte contre le sida en débat sur l&rsquo;épidémie d&rsquo;ESB , des procédures sont apparues qui visent à mettre la technoscience en démocratie : création de nouvelles agences d&rsquo;expertise, intégration de représentants de la société civile au sein des conseils d&rsquo;administration des agences de recherche, dialogue avec des associations. Ces évolutions sont des éléments décisifs d&rsquo;un service public de qualité. Elles doivent être défendues et étendues. Mais il y a plus. Le fait qu&rsquo;un jeune chercheur soit aujourd&rsquo;hui largement encouragé et récompensé pour avoir travaillé, dans son laboratoire CNRS, pour Monsanto et qu&rsquo;il soit, au contraire, considéré comme un militant et pénalisé s&rsquo;il décide de répondre à une demande d&rsquo;expertise de Greenpeace n&rsquo;est pas à l&rsquo;honneur de notre système de recherche. <strong class="spip">L&rsquo;enjeu est donc d&rsquo;inventer d&rsquo;autres dispositifs</strong>, comme les conférences de citoyens qui, suivies d&rsquo;un débat parlementaire, constituent des dispositifs crédibles de programmation et d&rsquo;évaluation des choix scientifiques et techniques.</p>
<p class="spip">Il s&rsquo;agit également de tisser de nouveaux liens entre la recherche publique et ce que l&rsquo;on peut désormais appeler un « tiers secteur scientifique », c&rsquo;est-à-dire cet ensemble d&rsquo;organisations citoyennes qui élaborent, sous des formes diverses, une expertise indépendante sur les enjeux scientifiques et techniques et qui sont parfois directement impliquées dans le soutien et l&rsquo;évaluation de la recherche.</p>
<p class="spip">En un mot : <strong class="spip">pour sauver la recherche, ouvrons-la</strong>.</p>
<p class="spip"><em class="spip">Par André CICOLELLA, Laurent DIANOUX, Jean-Paul GAUDILLIÈRE et Jacques TESTART</em></p>
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		<title>La science en crise ? Comment retisser des alliances avec la société ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[sc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Jan 2004 10:22:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conventions de citoyens]]></category>
		<category><![CDATA[Développement durable]]></category>
		<category><![CDATA[Etats généraux sur l'avenir de la recherche]]></category>
		<category><![CDATA[Innovation]]></category>
		<category><![CDATA[Sciences humaines et sociales]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Intervention introductive d&#x2019;Isabelle Stengers au colloque &#xAB; Quelles sciences pour quelle soci&#xE9;t&#xE9; &#xBB; organis&#xE9; par la revue EcoRev&#x2019; en novembre 2001. Isabelle Stengers est philosophe, enseigne &#xE0; Bruxelles, travaille depuis de nombreuses ann&#xE9;es dans le domaine de la philosophie des sciences, de l&#x2019;&#xE9;pist&#xE9;mologie, du rapport des sciences &#xE0; la d&#xE9;mocratie.Nous sommes, me semble-t-il, devant la [&#x2026;]</p><p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/la-science-en-crise-comment-retisser-des-alliances-avec-la-societe/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="spip">Intervention introductive d&rsquo;Isabelle Stengers au colloque « Quelles sciences pour quelle société » organisé par la revue EcoRev&rsquo; en novembre 2001. Isabelle Stengers est philosophe, enseigne à Bruxelles, travaille depuis de nombreuses années dans le domaine de la philosophie des sciences, de l&rsquo;épistémologie, du rapport des sciences à la démocratie.<span id="more-1877"></span>Nous sommes, me semble-t-il, devant la tâche de parler, et surtout de penser à partir d&rsquo;une situation que l&rsquo;on peut appeler « de crise » de la science (ou du moins de son rapport à la société). Et quand je dis « de crise », c&rsquo;est au sens où il y a des menaces, mais aussi au sens où un ensemble de catégories, jusqu&rsquo;ici stables, sont en train de balbutier et rendent possible l&rsquo;espoir que du nouveau puisse se créer.</p>
<p class="spip">Or, je crois qu&rsquo;une situation de crise se construit, ce n&rsquo;est pas comme un tremblement de terre qui vous tombe dessus. Et cela se construit au sens où l&rsquo;un des défis est de ne pas transformer les divergences entre protagonistes de la crise en oppositions statiques bloquées, auquel cas la crise peut cesser d&rsquo;être une crise au sens fécond du terme et devenir une catastrophe et un nid de haine, de désappointement et de ressentiment. Il s&rsquo;agit donc de « faire entrer en crise » au sens positif, et non au sens triste, du terme.</p>
<p class="spip">Vous l&rsquo;avez dit, et tout le monde ici le redira avec ses propres mots, est posée aujourd&rsquo;hui de façon directe la question du caractère démocratique des choix en matière technico-scientifique et, bien plus, le caractère crucial de ces choix. L&rsquo;énorme portée (temporelle et dans toutes les dimensions) de ces choix est devenue évidente, je ne vais pas m&rsquo;amuser à en citer des exemples, chacun d&rsquo;entre vous en a immédiatement cinq en tête. Autre dimension de la crise (et c&rsquo;est celle que je voulais souligner parce si on l&rsquo;oublie, elle va nous retomber dessus), le fait que la science soit devenu aujourd&rsquo;hui quelque chose de l&rsquo;ordre d&rsquo;une marchandise implique que beaucoup de scientifiques, de chercheurs et notamment de chercheurs publics sont amers, au sens où ils ont tendance, comme on le lit parfois (« montée de l&rsquo;irrationalité »), à parler du caractère irrationnel de l&rsquo;époque. C&rsquo;est là quelque chose qui doit être souligné pour construire la crise : si ce discours se produit sur un mode spontané, la mise en cause de la science en raison d&rsquo;un manque de démocratie, du caractère menaçant des conséquences des décisions, de l&rsquo;inadéquation radicale de la manière de penser ces décisions avec ces conséquences menaçantes, etc., il y a un risque d&rsquo;opposition, le risque que tout cela puisse basculer pour certains scientifiques, dans une stigmatisation de l&rsquo;irrationalité du public qui désormais se méfie. Pensez à l&rsquo;appel d&rsquo;Heidelberg, il y avait même parmi les signataires mon ancien maître Prigogine. Il y a une dimension conformiste et moutonnière chez les scientifiques, à laquelle il faut apprendre à s&rsquo;adresser. Ce n&rsquo;est pas le seul groupe qui est conformiste et moutonnier, on ne peut leur reprocher spécifiquement, simplement il faut le savoir, savoir qu&rsquo;on a affaire là à des êtres inquiets, susceptibles et faciles à paniquer.</p>
<p class="spip">Je crois donc que le premier enjeu de la crise, ou plutôt la première dimension générique de la crise qui nous rassemble (et qui là, pour le coup, rassemble les scientifiques, les activistes et l&rsquo;ensemble des groupes citoyens inquiets, revendicatifs et produisant des modes de savoir et des savoirs), c&rsquo;est que le progrès a cessé d&rsquo;être une référence qui, sur un mode ou un autre, rassemble et articule. J&rsquo;ai vu que parmi ceux qui soutiennent ce colloque, il y a la Fondation Charles Léopold Mayer, et c&rsquo;est sous son égide qu&rsquo;a été publié le beau petit livre de Mirenowicz, Sciences et démocratie : le couple impossible. Ce livre est très intéressant, puisqu&rsquo;il nous raconte combien ce que les scientifiques regrettent comme l&rsquo;âge d&rsquo;or, l&rsquo;âge où l&rsquo;Etat soutenait massivement la recherche désintéressée, sans mettre les scientifiques sous le coup d&rsquo;avoir à prouver tout le temps les possibles retombées de leurs recherches, combien cet âge d&rsquo;or est un âge politiquement construit, c&rsquo;est-à-dire un âge qui, aux Etats-Unis, est inséparable de la Guerre Froide : comment laisser proliférer les sciences en sachant que l&rsquo;innovation technico-industrielle écrémera ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;utilisable, ce grâce à quoi le gâteau grossira pour tout le monde, sans qu&rsquo;on ait du tout à poser la question du partage, puisque quand votre part augmente, le fait qu&rsquo;elle soit toujours minimale par rapport à d&rsquo;autres est de peu d&rsquo;importance. C&rsquo;est l&rsquo;une des choses qu&rsquo;il faut réussir à dire, parce que pour beaucoup de scientifiques, cet âge correspondait à la rationalité d&rsquo;une société qui acceptait enfin de reconnaître qu&rsquo;elle avait besoin des sciences pour se développer sur un mode utile à tous. Cet âge d&rsquo;or, il faut apprendre à le décrire comme un choix politique du caractère apolitique, non-politique et même antipolitique, puisque la question politique ne devait pas être posée, du progrès. C&rsquo;est un livre très intéressant pour tout le monde, pour réussir à s&rsquo;adresser aux scientifiques, leur dire des choses qui les concernent et surtout, et c&rsquo;est très important pour construire une situation de crise sans ressentiment, ne pas se moquer d&rsquo;eux en leur disant que c&rsquo;est bien mérité, qu&rsquo;ils sont entrés dans ce plan politique, et que maintenant on ne va pas pleurer parce qu&rsquo;ils en sortent. Je crois que le fait que l&rsquo;Etat mette la pression, comme on dit maintenant, sur la recherche scientifique n&rsquo;est bon pour personne. Il faut se dire que si les scientifiques pensent que le contrat est rompu, ce n&rsquo;est pas le moment de leur dire « vous n&rsquo;aviez qu&rsquo;à pas ». Il faut prendre d&rsquo;autant plus au sérieux leur désarroi que ce pacte, que Mirenowicz décrit et qui date de la guerre froide, des cinquante dernières années et un peu plus, correspondait de fait à une demande forte de la part de certains scientifiques. On peut aussi bien dire, pour mesurer leur désarroi, que ce qui s&rsquo;est inventé pour des motifs politiques répondait à des appels qui résonnaient dans les sciences depuis beaucoup plus longtemps. Il est tout à fait intéressant de voir comment le chimiste Liebig, vers 1860-1870, dans un livre qui s&rsquo;appelle Lord Bacon, monte une attaque en règle contre la science anglaise dite « baconienne », c&rsquo;est-à-dire au service d&rsquo;intérêts publics, non-scientifiques, et réclame une autonomie des sciences pour le bien même de la société : si les scientifiques sont noyés par des problèmes qui ne sont pas les leurs, leur fécondité sera tuée, et c&rsquo;est finalement la société elle-même qui aura tué la poule aux œufs d&rsquo;or. C&rsquo;est donc un appel à l&rsquo;autonomie des sciences pour que ces sciences justement, ne se posant pas de problèmes sociaux, puisse participer à la solution des problèmes sociaux. On peut aussi mentionner quelqu&rsquo;un comme Michael Polanyi qui a repris le même argument en Angleterre, dans les années 50, contre tout projet de planification des politiques scientifiques. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une vieille pensée, que les scientifiques reconnaissent, et qu&rsquo;ils ont reconnue immédiatement aussi quand elle a été reprise, encore dans les années 60, par Thomas Kuhn, qui montrait bien que la science normale devait son progrès, d&rsquo;énigme en énigme, au fait qu&rsquo;on la laissait libre de poser ses propres questions, sous l&#8217;emprise d&rsquo;un paradigme qui permettait de reconnaître les questions traitables, et que c&rsquo;était grâce à cela que les grandes révolutions scientifiques se produisaient. Donc ne pensons pas que cet âge d&rsquo;or n&rsquo;ait été qu&rsquo;une décision politique. Il y a eu convergence et rencontre entre politiques et un certain type de propositions scientifiques.</p>
<p class="spip">La situation de crise doit donc être reconnue comme profonde. Il ne s&rsquo;agit pas de plaindre les scientifiques, mais de faire de la politique avec eux. Et de faire de la politique en profondeur, à savoir en posant le problème jusque et y compris au niveau de la formation des scientifiques. Je crois que si l&rsquo;on veut faire de la politique des savoirs aujourd&rsquo;hui, il faut aller jusque là, dans les chasses gardées. Il faut apprendre à parler de l&rsquo;université moderne. Le premier type de doctorat en science moderne, qui l&rsquo;a créé ? Ce même Liebig à Giessen, dans le sens de cette autonomie qu&rsquo;il revendiquait pour les sciences, c&rsquo;est-à-dire dans le sens d&rsquo;un savoir disciplinaire, qui fabrique des chercheurs tout à fait prêts à leur type de recherche, à partir de l&rsquo;état des connaissances de leur époque, mais avec le minimum de bagage culturel, historique, de pensée, de recul possible quant à ce qu&rsquo;ils ont fait. Cela prend trop de temps, cela alourdit, et il faut des chercheurs légers, créatifs, inventifs. Toute notre université moderne s&rsquo;est construite sur cette idée de discipline, que Kuhn finit par décrire. Et nous savons que cela donne effectivement des chercheurs intéressants dans leur discipline, mais nous savons aussi que cela donne des chercheurs qui manifestent un non-appétit radical pour les questions non-disciplinaires. Cela veut dire des experts parfois très peu sûrs, parce qu&rsquo;entièrement soumis à la manière dont on pose les problèmes du moment, et qui ne vont pas s&rsquo;inquiéter d&rsquo;avoir des co-experts qui donnent à leur savoir une signification digne de participer à l&rsquo;étude d&rsquo;une situation concrète. Cela permet aussi des procédures de « ré-étiquetage », quand une équipe scientifique va attirer des subventions liées par exemple au développement durable en bluffant effrontément, c&rsquo;est-à-dire en ne s&rsquo;intéressant au développement durable pas plus qu&rsquo;à la queue d&rsquo;une cerise, mais en se disant que puisque c&rsquo;est comme cela que l&rsquo;on peut gagner de l&rsquo;argent, il faut y aller. Cela permet donc à ces chercheurs d&rsquo;annuler, pour la loyauté et l&rsquo;avancement de leur discipline, qui est la seule chose dont ils ont appris à avoir appétit, l&rsquo;ensemble des propositions &#8211; principe de précaution, développement durable, etc. &#8211; qui se construisent pour essayer de transformer les pratiques scientifiques et leur signification, ou de les enrichir.</p>
<p class="spip">La question, j&rsquo;insiste là-dessus, n&rsquo;est pas de spécialisation en tant que telle, elle n&rsquo;est pas de demander aux scientifiques de s&rsquo;intéresser à tout, la question est le mode de spécialisation, c&rsquo;est-à-dire le type d&rsquo;appétit. Michel Serres avait, il y a très longtemps, dans La Thanatocratie, parlé d' »extralucides locaux et aveugles globaux ». Je ne dirais pas que c&rsquo;est une question de vision, parce qu&rsquo;ils peuvent voir toutes sortes de chose, mais d&rsquo;appétit intellectuel. Parce que l&rsquo;appétit de savoir, l&rsquo;appétit de s&rsquo;interroger, l&rsquo;appétit de s&rsquo;allier avec des gens qui peuvent transformer une inquiétude en prise de position a été littéralement massacré. De jeunes gens de toutes sortes arrivent aux portes des premières années de science, ils se ressemblent beaucoup plus quand ils en sortent, et ils se ressemblent au sens où ils ont appris quelles sont les questions qui font rire d&rsquo;eux dans leur communauté. Pour cela, le fait que des groupes d&rsquo;activistes et de citoyens de toutes sortes se mettent à produire du savoir, c&rsquo;est-à-dire de l&rsquo;imagination quant à « qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est qu&rsquo;un savoir intéressant », est très important. Je pense aussi qu&rsquo;il faut réussir à trouver des alliés peut-être hétérogènes. Je pense par exemple à Nicolas Bouleau, un mathématicien appliqué qui travaille aux Ponts, et qui pousse un véritable cri d&rsquo;alarme en disant que la plupart des arguments présentés comme scientifiques sont en fait des modèles. Et il est spécialiste des modèles. Or un modèle, ce n&rsquo;est pas du tout de la science. Même si c&rsquo;est plein de science, plein de formules, plein de références à de la science, l&rsquo;ensemble de la construction fait que ce n&rsquo;est pas plus fort qu&rsquo;une description en langage naturel, sauf que c&rsquo;est moins facilement pénétrable. Il pose donc la question : où sont les intellectuels critiques à la hauteur de déchiffrer, de montrer ce que le modèle présuppose, les hypothèses risquées qu&rsquo;il fait pour tenir ? Où sont ceux qui feront que cette manière d&rsquo;étendre des nappes homogènes d&rsquo;arguments de type scientifique sur n&rsquo;importe quoi seront comprises comme une manière peut-être intéressante puisqu&rsquo;elle peut être quantifiée, mais qui n&rsquo;est intéressante, comme les langages naturels, que confrontée à d&rsquo;autres descriptions, et non pas comme faisant autorité ? Qui aidera à refabriquer ,non pas une éthique scientifique, mais une lucidité quant aux productions scientifiques qui aujourd&rsquo;hui se perd ? Le fait qu&rsquo;à l&rsquo;université il n&rsquo;y ait pas de section « Sciences et politique des modèles », que l&rsquo;on apprenne ce qu&rsquo;est un modèle que sur le tas, après avoir appris de grands et beaux résultats (mécanique quantique, loi de Maxwell, etc.), ce fait là condamne l&rsquo;université et le savoir de type public d&rsquo;aujourd&rsquo;hui pour non-pertinence. Et non-pertinence aux effets les plus graves, puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a pas moyen de former ceux qui pourraient dire : attention, derrière l&rsquo;utilisation de ce modèle, il y a un choix qui est déjà en train de décider ce que nous étions censés être en train de discuter.</p>
<p class="spip">Il faut donc réussir à faire la différence entre les scientifiques tels qu&rsquo;ils sont inquiets aujourd&rsquo;hui et ce qu&rsquo;ils pourraient être, et essayer de leur donner de l&rsquo;appétit pour ce qu&rsquo;ils pourraient être. Il faut savoir, quand on s&rsquo;adresse aux scientifiques aujourd&rsquo;hui, qu&rsquo;ils ont été éduqués à avoir peur du public. Le public, pour eux, c&rsquo;est l&rsquo;irrationnel, c&rsquo;est ce contre quoi il faut se protéger, c&rsquo;est ce par rapport à quoi tout mensonge, tout adoucissement est légitime. C&rsquo;est pourquoi la manière dont on s&rsquo;adressera à eux, y compris dans les enquêtes publiques, les conférences de consensus, etc., est l&rsquo;un des enjeux essentiels pour qu&rsquo;ils collaborent au nouveau rapport entre production de savoirs et production d&rsquo;intérêt social et politique auquel j&rsquo;en appelais il y a plus de vingt ans. Ce qui est profondément intéressant, par exemple, dans la crise des OGM, c&rsquo;est que l&rsquo;on voit des scientifiques qui se mettent à bafouiller parce qu&rsquo;ils se rendent compte que ceux qui les interpellent posent activement des problèmes auxquels eux-mêmes n&rsquo;auraient jamais pensé. Ils se rendent compte qu&rsquo;ils s&rsquo;étaient arrêtés à « lignée végétale productive en laboratoire = solution de la faim dans le monde », et que, pour l&rsquo;ensemble de ce qui se passe entre les deux, ils ne s&rsquo;étaient fiés qu&rsquo;à un rude bon sens. Les groupes font penser les scientifiques et leur créent un appétit pour ce dont ils avaient fait abstraction. Toutes les situations de ce genre sont des situations importantes. Il faut aussi se rendre compte que l&rsquo;on a affaire à des otages. Le silence des scientifiques, dès que l&rsquo;on est à plus de deux ou trois, sur ce qu&rsquo;ils pensent de ce que font beaucoup de leurs collègues, est frappant : on ne va pas dire du mal d&rsquo;un collègue en public. Ils savent que cracher dans la soupe commune en public est dangereux pour leurs propres subventions, pour leurs propres recherches. C&rsquo;est la question de la démocratie qui cette fois est posée. Qu&rsquo;est-ce que la démocratie ? Je crois que c&rsquo;est un régime qui célèbre comme un événement hautement positif, et qui est ce qui vaut la peine de prendre les risques de la démocratie, la production, non pas d&rsquo;individus comme à la fin du XIXe siècle, mais de groupes, venus d&rsquo;horizons multiples, capables &#8211; c&rsquo;était la définition de l&rsquo;intellectuel lors de l&rsquo;affaire Dreyfus &#8211; de se mêler de ce qui était censé ne pas le regarder. Mais de se mêler de manière compétente, pas de manière geignarde : se mêler en produisant de nouvelles pertinences, de nouvelles questions qui comptent, de nouvelles contraintes par lesquelles il va falloir dorénavant passer. Cette capacité, et donc la lutte pour la démocratie, passe évidemment par la production d&rsquo;instruments qui permettent la transparence, c&rsquo;est-à-dire qui permettent que ceux qui veulent se mêler de ce qui ne les regarde pas trouvent dans le paysage de quoi apprendre et de quoi poser des questions gênantes, de quoi produire de nouvelles exigences à propos de situations qu&rsquo;ils ont les moyens de décrire et de découvrir. Cette transparence devrait véritablement atteindre les mécanismes de nomination et de subvention des recherches qui, pour le moment, contrairement à ce qui se passe au Nord, relèvent plutôt du « top secret ». Il faut que les choix soient argumentés et justifiés, de telle sorte que ces arguments et ces justifications puissent être discutés et mis en politique. La mise en politique implique que ceux que cela ne regarde pas aient les moyens de pénétrer les endroits qui, s&rsquo;ils restent opaques, prennent certains acteurs en otage. Tant que cela n&rsquo;est pas abordé, la démocratie reste un art sophistiqué de gérer des troupeaux.</p>
<p class="spip">C&rsquo;est un véritable changement culturel, qui doit produire de nouveaux appétits chez les citoyens, non pas comme masse indistincte qui vote une fois tous les x années, mais comme lieu où se produisent des groupes d&rsquo;intérêt, de production de savoirs, de questions, de pertinences et d&rsquo;exigences, qui doivent avoir les moyens d&rsquo;accrocher ces questions dans ce à quoi ils s&rsquo;adressent et de leur faire faire des différences. Défi démocratique. Défi pour les scientifiques, justement, d&rsquo;apprendre à s&rsquo;intéresser à ce qu&rsquo;ils ne jugent pas comme directement scientifique. Défi culturel, cette fois-ci, général. Pour terminer, je parlerais non plus de l&rsquo;université, mais de l&rsquo;école secondaire. A l&rsquo;école secondaire, il s&rsquo;agit avant tout de transmettre du savoir fait (lois de Galilée, lois de Maxwell, pour ne parler que de la physique), du savoir faisant autorité, mais n&rsquo;ayant pas grand chose de pertinent pour comprendre les controverses actuelles. Cela, évidemment, fait partie de la crise aussi. A l&rsquo;école ne se forment pas du tout, c&rsquo;est le moins qu&rsquo;on puisse dire (il faut même dire le contraire), des citoyens capables de s&rsquo;adresser aux scientifiques sur un mode pertinent, sur un mode qui les oblige à penser. On forme des croyants, des êtres qui auront confiance dans l&rsquo;autorité de la science. Tant qu&rsquo;à l&rsquo;école ce ne seront pas les controverses d&rsquo;aujourd&rsquo;hui qui seront au cœur de l&rsquo;enseignement scientifique (on pourra apprendre des éléments de savoir stabilisés, mais ce sera autour de situations de problème), nous produirons des citoyens qui demanderont aux sciences de résoudre les problèmes, puisque c&rsquo;est comme cela qu&rsquo;on les a formés, puisqu&rsquo;on leur a appris que les sciences ont toujours été capables de résoudre les problèmes. De ce point de vue, il faut reprendre au sérieux, en cassant l&rsquo;idée de scandale relativiste qui a entouré ses thèses, l&rsquo;idée de Feyerabend, cet épistémologue anarchiste qui avait plaidé pour une séparation de la science et de l&rsquo;Etat, et donc de la science et de l&rsquo;école. Il faut la reprendre, non pas au sens de se méfier des scientifiques, mais au sens où la séparation permet aux citoyens d&rsquo;apprendre à cultiver la relation, et de comprendre ce que font les scientifiques, ce qui les passionne, la manière dont les sciences se construisent activement dans une société, avec quels alliés, avec quelles conséquences, et non plus d&rsquo;être soumis à une propagande qui n&rsquo;a rien à voir ni avec sa propre expérience, ni avec ce que font les scientifiques. C&rsquo;est-à-dire aussi que la séparation peut créer la soif de multiplier des alliances qui fassent différer les sciences de produire les conséquences auxquelles, depuis deux siècles, elles sont de manière dominante associées.</p>
<p class="spip">Isabelle Stengers</p>
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		<title>Mettre les sciences en démocratie</title>
		<link>https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/mettre-les-sciences-en-democratie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[sc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Jan 2004 10:18:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conflits d'intérêts]]></category>
		<category><![CDATA[Conventions de citoyens]]></category>
		<category><![CDATA[Débat public]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Christophe Bonneuil est chercheur en histoire des sciences au Cnrs et membre de la Fondation Sciences Citoyennes. Yves Sintomer est professeur de sociologie &#xE0; l&#x2019;Universit&#xE9; de Paris 8- St.-Denis et sp&#xE9;cialiste de l&#x2019;espace public. Ils retracent les transformations des rapports entre science et soci&#xE9;t&#xE9; depuis un si&#xE8;cle et radiographient la difficile &#xE9;mergence de la soci&#xE9;t&#xE9; [&#x2026;]</p><p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/mettre-les-sciences-en-democratie/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Christophe Bonneuil est chercheur en histoire des sciences au Cnrs et membre de la Fondation Sciences Citoyennes. Yves Sintomer est professeur de sociologie à l&rsquo;Université de Paris 8- St.-Denis et spécialiste de l&rsquo;espace public. Ils retracent les transformations des rapports entre science et société depuis un siècle et radiographient la difficile émergence de la société civile comme acteur central de la gouvernance de la recherche, à laquelle l&rsquo;ouvrage de Richard Sclove est une contribution.<span id="more-1878"></span></p>
<p class="spip">Richard Sclove s&rsquo;inscrit dans une tradition de penseurs pour qui les techniques ne sont pas que techniques. Comme Mumford, Ellul, Illich, Roqueplo ou Winner avant lui (1), il s&rsquo;intéresse à la façon dont les techniques cristallisent des rapports sociaux et contribuent à leur reproduction en les incarnant dans des configurations matérielles qui ont une force d&rsquo;inertie propre. La chaîne et l' »organisation scientifique du travail », développées en réponse au pouvoir ouvrier, ont instauré l&rsquo;univers du travailleur interchangeable, déqualifié et subordonné. De même, l&rsquo;innovation agronomique a-t-elle souvent contribué à déplacer l&rsquo;essentiel de la valeur ajoutée de l&rsquo;exploitation agricole vers son amont ou son aval industriel, et à placer les agriculteurs &#8211; en nombre décroissant &#8211; en position subordonnée. Même sans intentionnalité consciente, les choix techniques d&rsquo;une génération influencent profondément la vie des générations suivantes. Ainsi le choix du tout automobile il y a un demi-siècle est-il aujourd&rsquo;hui indissociable de l&rsquo;essor des zones périurbaines, d&rsquo;une convivialité dégradée de la rue en ville, d&rsquo;une géopolitique mouvementée au Moyen-Orient, de la mort annuelle de 8000 accidentés en France et d&rsquo;une partie du réchauffement planétaire. Les systèmes techniques sont des structures politiques en ce sens qu&rsquo;ils ouvrent et contraignent les choix de vie et d&rsquo;organisation qu&rsquo;une société peut se donner. Pourtant, ils échappent au politique. Entre marché, chercheurs et bureaucrates, les principaux choix scientifiques et technologiques se font hors du cadre de fonctionnement de nos démocraties représentatives, ce qui ampute significativement notre capacité de production collective d&rsquo;un monde commun, c&rsquo;est-à-dire l&rsquo;essence même de la démocratie.</p>
<p class="spip">Un itinéraire original, un contexte nouveau</p>
<p class="spip">Réintégrer l&rsquo;élaboration des choix techniques et scientifiques au sein de la sphère démocratique, telle est la perspective de ce livre, qui mêle les analyses les plus fouillées (tel le chapitre 4 critiquant les analyses économiques standards de l&rsquo;innovation) et les propositions les plus concrètes (comme dans le chapitre 6). C&rsquo;est que Richard Sclove n&rsquo;est pas homme à se contenter du surplomb de la critique intellectuelle de la technique. Il agit depuis plus de quinze ans pour une science citoyenne et une technologie démocratique (2). Après des études d&rsquo;ingénierie nucléaire au Massachusetts Institute of Technology (MIT), il participe à des travaux de prospective énergétique. Insatisfait de l&rsquo;étroitesse des méthodes d&rsquo;évaluation des technologies alors en vigueur, il décide de consacrer une thèse de science politique à leur enrichissement. « Aucun pays sur terre ne possède un système effectif pour prendre en compte les effets profonds exercés par les technologies sur les structures sociales et politiques, notamment sur les institutions et valeurs démocratiques fondamentales », constate-t-il. La recherche de meilleurs systèmes (alliant concepts, critères et dispositifs) anime sa recherche. Après des années passées dans la communauté universitaire, au carrefour des sciences sociales, des sciences économiques et des « Science and Technology Studies » (STS), il s&rsquo;irrite de la tendance des sociologues des sciences à ne pas tirer les conséquences pratiques de leurs recherches et à rester dans les joutes intellectuelles. Alors que le domaine des études technologiques et scientifiques, initialement très en prise avec les mouvements critiques (féminisme, mouvements de responsabilité scientifique, boutiques de sciences, écologie), s&rsquo;institutionnalise dans les années 1980 et 1990 et établit des frontières plus étanches avec les acteurs scientifiques et militants, Sclove entreprend au contraire de le repolitiser. Puisque les STS glosent sur la « construction sociale des sciences et des technologies », pourquoi ne pas tirer parti de cette analyse et mettre les mains de la démocratie dans la caisse à outils de l&rsquo;innovation technologique ?</p>
<p class="spip">C&rsquo;est dans ce but qu&rsquo;il fonde le Loka Institute à Amherst (Massachusetts, Etats-Unis) en 1987. Cette organisation non gouvernementale se propose de soutenir des centres de recherche citoyenne (Community-based Research Centers &#8211; voir les fiches) existant dans quelques villes américaines, d&rsquo;introduire des critères sociaux et environnementaux dans la distribution des budgets fédéraux de recherche, et de promouvoir des méthodes participatives de délibération dans l&rsquo;Office Fédéral d&rsquo;Evaluation des Technologies et dans toutes les instances de pilotage de la recherche. Entre 1992 et 1994, Sclove collabore activement avec George Brown, président de la commission de la recherche scientifique au Congrès, et porte la bonne parole auprès de fonctionnaires fédéraux. En 1994, il crée la Fédération des Activistes de la Science et de la Technologie et, deux ans plus tard, joue un rôle majeur dans la naissance du Community-based Research Network, qui fédère de nombreuses initiatives de recherche citoyenne aux Etats-Unis. Ce réseau est aujourd&rsquo;hui solide et reconnu, au point que certains projets de recherche participative ont été financés par des organismes de recherches fédéraux tels les NIH (Instituts Nationaux de Santé). Dans le même temps, Sclove se lie avec les responsables de l&rsquo;Office danois d&rsquo;évaluation des technologies et s&rsquo;intéresse aux « conférences de consensus » que l&rsquo;Office a mis en place depuis le milieu des années 1980 : des groupes délibératifs de simples citoyens, généralement tirés au sort, travaillent sur plusieurs week-end, auditionnent des experts, délibèrent et rendent leurs propres recommandations (voir la fiche consacrée aux conférences de consensus). Il organise en 1997 la première conférence de consensus aux Etats-Unis, sur les autoroutes de l&rsquo;information, puis devient consultant de la commission européenne dans le cadre du « European Awareness Scenario Workshop Program ». Celui-ci vise à préparer la transition au développement durable par la méthodologie des ateliers scénario, dispositifs inspirés des conférences de citoyens mais où la réflexion des participants est stimulée par la présentation de plusieurs scénarii alternatifs ouvrant l&rsquo;espace des futurs socio-techniques possibles (voir la fiche sur les ateliers scénario). Actuellement, Richard Sclove copilote dans une ville voisine de Boston un projet d&rsquo;atelier scénario, le premier aux Etats-Unis, avec le soutien la National Science Foundation. Voilà donc un parcours intellectuel où la réflexion théorique s&rsquo;est trouvée considérablement enrichie par l&rsquo;expérience pratique.</p>
<p class="spip">Cette richesse se retrouve dans l&rsquo;ouvrage. Comme Rawls, qu&rsquo;il cite, Sclove se concentre sur un modèle idéal plutôt que sur les tendances structurelles d&rsquo;évolution des sociétés contemporaines, et il donne peu d&rsquo;éléments qui permettraient de comprendre comment la démocratie technique qu&rsquo;il appelle de ses vœux pourrait s&rsquo;imposer dans le monde face aux obstacles qu&rsquo;elles rencontrent (logiques technicistes, logiques de profit, logiques de puissance…). Cependant, la conception même de l&rsquo;idéal est chez lui nourrie d&rsquo;expériences pratiques (auxquelles il a souvent participé comme acteur de premier plan). Les nombreux cas concrets qu&rsquo;il discute ont en cela une valeur qui dépasse celle de l&rsquo;exemplification, et ils donnent en même temps un aperçu des évolutions historiques en cours, dont on pressent qu&rsquo;elles sont majeures.</p>
<p class="spip">Il y quelques années encore, les analyses de Richard Sclove n&rsquo;auraient rencontré en France qu&rsquo;un faible écho. La « démocratie forte » dans laquelle il propose d&rsquo;insérer la gouvernance de l&rsquo;innovation technologique aurait été assimilée à une queue de comète des utopies autogestionnaires des années 1970 et aurait été considérée comme particulièrement incongrue pour des questions techniques requérant une expertise qui ne s&rsquo;épanouit qu&rsquo;à l&rsquo;abri des bruits de la société. L&rsquo;idée de permettre, par des dispositifs de délibération adaptés, à de simples citoyens de formuler des recommandations sur un choix technologique ou sur l&rsquo;orientation de l&rsquo;innovation techno-scientifique restait profondément étrangère à notre culture hexagonale, aussi colbertienne que cartésienne.</p>
<p class="spip">Pourtant, la délibération participative qui s&rsquo;opère au-delà des assemblées élues ne devient-elle pas une source croissante de légitimité de l&rsquo;action publique dans nos démocraties contemporaines (3) ? Les enjeux à forte dimension technique, loin d&rsquo;échapper à cette mutation, en sont les moteurs (4). Avec un léger retard sur nos voisins européens, la France a en effet vu fleurir ces dernières années dans ce domaine moult débats publics (5), « grands débats » (celui sur l&rsquo;énergie début 2003 étant le dernier en date), conférences de citoyens (sur les OGM en 1998, sur le changement climatique début 2002), États-Généraux (de l&rsquo;alimentation, de la santé), évaluation participative des technologies (projet vigne de l&rsquo;Institut national de la recherche agronomique en 2001-2003), et autres forums hybrides associant des représentants de « groupes concernés » (victimes, malades, riverains, écologistes) au travail des experts (commission Sugier, négociation des protocoles thérapeutiques des molécules anti-sida, etc.). Un concert de voix s&rsquo;élève pour appeler à une entrée de la technique, de l&rsquo;expertise et de la science en démocratie. De tous côtés, on ne parle plus que de débat, de consultation, de concertation, de gouvernance, de « science citoyenne ». Ces discours, autrefois iconoclastes, émanent aujourd&rsquo;hui de ministres, de managers d&rsquo;entreprises, de directeurs d&rsquo;organismes de recherche, qui reconnaissent que bien des questions techniques auparavant traitées par un cercle restreint de chercheurs, d&rsquo;experts, d&rsquo;industriels et de hauts fonctionnaires sont en fait des choix sociétaux qui relèvent du débat politique.</p>
<p class="spip">C&rsquo;est dans ce nouveau contexte que l&rsquo;ouvrage de Richard Sclove prend tout son sens et qu&rsquo;il mérite une large discussion. Mais avant de souligner ce qu&rsquo;il peut apporter à notre réflexion, revenons sur la signification historique et l&rsquo;ampleur de cette mutation récente des rapports entre sciences et techniques, espace public et action publique. Une révolution est en marche dans le rôle et l&rsquo;insertion des sciences et des techniques dans la société. Pour synthétiser les analyses de Gibbons, Nowotny, Beck, Callon et leurs collègues, on soulignera trois évolutions majeures (6).</p>
<p class="spip">Premièrement, au niveau des modes de production des savoirs, on passe d&rsquo;une science largement autorégulée par la communauté scientifique, avec ses critères d&rsquo;excellence propres et fortement soutenue par un Etat entrepreneur de science, qui caractérisa en particulier les « Trente glorieuses », à un pilotage accru de la recherche par les acteurs économiques et par le marché (7). Si la mobilisation des sciences et techniques par les entreprises privées n&rsquo;est pas nouvelle, la balance a profondément oscillé. Depuis 25 ans, la prolifération des start up adossées sur des laboratoires universitaires, financées par le capital-risque et brevetant les savoirs et le vivant, constitue le cœur et l&#8217;emblème de ce nouveau système.</p>
<p class="spip">Deuxièmement, une nouvelle forme de conflictualité sociale s&rsquo;affirme, centrée sur les questions de risque (Beck parle du passage de la société industrielle à la société du risque). Cette sensibilité grandissante à ce qui était autrefois vu comme de mineurs « effets secondaires » du progrès traduit plus profondément une distanciation de la société par rapport à une idéologie du progrès qui allait largement de soi &#8211; et qui était en France un ciment de la République. Alors que la critique de cette idéologie était autrefois le fait des couches sociales condamnées au déclin par la modernité, elle émane aujourd&rsquo;hui des classes qui la portent, notamment en milieu urbain (8). Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;équation faite par Condorcet et les Lumières entre progrès de la connaissance, progrès matériel et progrès humain et moral n&rsquo;est plus une évidence. Au moment où la puissance de l&rsquo;activité technique humaine a envahi la biosphère tout entière, où la nature ne peut plus se concevoir comme un autre de notre civilisation (à asservir ou à chérir, deux faces d&rsquo;une même médaille) mais comme une techno-nature dont le destin (donc celui des générations futures) est lié à nos choix de vie et de développement, le projet moderniste &#8211; formulé dès Descartes et Bacon &#8211; de maîtrise du monde par la science n&rsquo;est plus soutenable. Il cède la place à une aspiration sociale nouvelle, qui est moins de maîtrise absolue &#8211; car l&rsquo;action humaine entraîne d&rsquo;autant plus de conséquence non désirées qu&rsquo;elle s&rsquo;effectue dans un monde incertain &#8211; que de choix réfléchis sur les potentiels, les risques et les scénarios alternatifs qu&rsquo;implique le développement des sciences et des technologies. Après l&rsquo;ère de la maîtrise de la nature, vient l&rsquo;ère de la maîtrise de cette maîtrise. Des idées telles que l&rsquo;autolimitation et le principe de précaution n&rsquo;en sont que les exemples les plus connus.</p>
<p class="spip">Troisièmement, on assiste depuis quelques années à une implication accrue de « profanes » (c&rsquo;est-à-dire d&rsquo;acteurs qui ne sont pas des scientifiques ou techniciens professionnels) dans la gouvernance de la recherche et l&rsquo;innovation. Alors que celle-ci était autrefois monopolisée dans le triangle chercheurs/décideurs étatiques/entrepreneurs, elle s&rsquo;opère de plus en plus dans des « forums hybrides » incluant d&rsquo;autres types d&rsquo;acteurs (élus locaux, juges, associations de malades, de consommateurs ou de défense de l&rsquo;environnement, etc.). Les mobilisations et initiatives citoyennes de ces dernières années sur des enjeux tels que les organismes génétiquement modifiés, les déchets et rejets nucléaires, Internet, la trithérapie anti-sida et l&rsquo;accès aux soins, l&rsquo;amiante, les pollutions chimiques, etc., témoignent du passage d&rsquo;un rapport de délégation à une demande de participation et de l&rsquo;émergence dans la société civile de nouvelles formes d&rsquo;appropriation et de production des savoirs.</p>
<p class="spip">Au total, le processus d&rsquo;autonomisation de la science, que Weber avait diagnostiqué et dont Bourdieu avait fait l&rsquo;une des pierres de touche des sociétés modernes (9), est donc loin d&rsquo;être linéaire et apparaît à la fois complexe et partiellement réversible. « La science telle qu&rsquo;elle se fait » n&rsquo;a jamais été réduite aux procédures de validation de la vérité des résultats scientifiques par les pairs (10). L&rsquo;orientation de la recherche et la configuration des découvertes technologiques (pour ne pas parler des usages sociaux des sciences et des techniques) sont profondément influencés par des acteurs non scientifiques : entreprises, Etat, associations et simples citoyens… La nouveauté à cet égard, c&rsquo;est un retrait relatif de l&rsquo;Etat, un poids accru de l&rsquo;économie privée et un engagement croissant des citoyens-usagers dans les innovations scientifiques et technologiques. Le caractère contradictoire de cette évolution incite à adopter normativement une attitude beaucoup plus offensive que la simple défense de l&rsquo;autonomie du champ scientifique face aux impératifs du profit ou de la bureaucratie politique et à défendre une véritable interaction entre « chercheurs en laboratoires » et « chercheurs en plein air » (11). C&rsquo;est dans cette voie que la contribution de Sclove est précieuse.</p>
<p class="spip">La « société du progrès » au XXe siècle : prééminence d&rsquo;un Etat nation guerrier, scientiste et social (12)</p>
<p class="spip">Prenons un peu de recul pour mieux saisir ces transformations en cours et considérons ce XXe siècle qui commence vers 1870 (avec en France la création de la Troisième République et, au-delà, l&rsquo;avènement de la deuxième révolution industrielle et d&rsquo;un monde marqué par l&rsquo;affrontement expansionniste des Etats-nations européen) et s&rsquo;achève au tournant des années 1970 et 1980 (avec la fin de la guerre froide, l&rsquo;écroulement du système communiste et l&rsquo;avènement d&rsquo;une mondialisation libérale qui érode les régulations nationales). Ce vingtième siècle est celui de l&rsquo;affirmation et du développement de l&rsquo;Etat-nation. C&rsquo;est un Etat guerrier (c&rsquo;est le siècle des guerres de masse), un Etat social (avec la naissance de l&rsquo;Eta providence et de politiques de protection, de redistribution et d&rsquo;intervention économiques qui font de l&rsquo;Etat-nation le cadre privilégié de régulation du capitalisme), un Etat paternaliste (il est d&rsquo;abord le fait d&rsquo;hommes et, si les citoyens sont protégés, ils sont aussi largement mis sous tutelle) et un Etat scientifique (qui met le développement de la recherche au cœur de son agenda politique et qui devient un entrepreneur majeur de science). Les sciences et les techniques sont soutenues et mobilisées comme jamais par l&rsquo;Etat et par les acteurs industriels : développement des instituts techniques universitaires et des écoles d&rsquo;ingénieurs fin XIXe, développement de la recherche industrielle début XXe, essor massif de la recherche-développement pendant les « Trente glorieuses » et la guerre froide. Tous les aspects de la vie sociale sont touchés par cette mobilisation de la science pour rationaliser la société : organisation scientifique du travail dans les usines, apports de la microbiologie, de la génétique et des statistiques aux nouvelles politiques de santé publique, scientifisation de la guerre (depuis les gaz chimiques de la Première Guerre mondiale et de la Shoah à la bombe atomique ou aux outils mathématisés de la recherche opérationnelle et des simulations), rôle des sciences dans la sélection des élites de la République et dans son assise idéologique. En échange de cette contribution des sciences à la maîtrise des choses et des humains, les scientifiques ont pu gagner une position sociale forte, une professionnalisation massive et une certaine autonomie, qui ont amené certains chercheurs &#8211; tel Vanevar Bush en plein effort scientifique de guerre froide &#8211; à proclamer leur indépendance et la neutralité de la science, vue comme l&rsquo;amont de toute application et comme surplombant toute valeur.</p>
<p class="spip">La science pénètre également la vie quotidienne et les identités collectives. Le vingtième siècle est marqué par l&rsquo;entrée des pays industrialisés dans la consommation de masse et par l&rsquo;accès de chacun à une kyrielle d&rsquo;artéfacts techniques (tels que l&rsquo;électricité, le téléphone, la télévision, les antibiotiques, l&rsquo;automobile, la naissance médicalisée, les appareils ménagers ou l&rsquo;ordinateur) et à des produits culturels de masse à base de science (13) (tels que les musées scientifiques, les expositions universelles, les médias écrits ou audiovisuels de vulgarisation scientifique ou la publicité en blouse blanche).</p>
<p class="spip">Bénéficiant de ces progrès matériels, les citoyens consentent tacitement à ne pas piloter eux-mêmes la science, à reconnaître l&rsquo;existence d&rsquo;une frontière entre science et société profane, à laisser faire les savants qui négocient leurs innovations avec les décideurs étatiques incarnant la volonté générale (via la délégation du suffrage universel) et les décideurs économiques (supposés traduire la demande des consommateurs). Existe donc entre science et société un rapport de délégation très net (Ulrich Beck parle de « scientisation primaire »). On délègue un pouvoir d&rsquo;orientation de l&rsquo;innovation en échange de la perspective d&rsquo;une élévation du bien-être matériel de tous, ce que les économistes de la régulation, partant des enjeux d&rsquo;organisation « scientifique » du travail (comme expropriation des savoirs ouvriers (14)) et de régulation publique de l&rsquo;économie, appellent le « compromis fordiste ».</p>
<p class="spip">Cette délégation doit se comprendre dans les pays industrialisés au regard des retours obtenus en terme de consommation (dont la répartition sociale était rendue possible pendant les « Trente glorieuses » par un partage honorable de la plus-value entre travail et capital sous l&rsquo;égide d&rsquo;un Etat redistributeur), mais aussi dans un contexte culturel plus large d&rsquo;adhésion généralisée à une idéologie du progrès, un progrès dont la science est posée comme la source. Il convient de rappeler combien, faisant leur l&rsquo;équation des Lumières entre progrès des sciences, progrès matériel et émancipation sociale, les républicains des premières décennies de la Troisième République invoquent la science dans la construction idéologique de la légitimité du régime républicain. Vouée à un culte national, la science apparaît comme l&rsquo;assise du nouveau régime face à la religion, pilier de l&rsquo;Ancien régime. Les savoirs et les « mérites » sont mis en avant comme critères de hiérarchie sociale alternatifs à la naissance et les républicains (tout comme Marx) opposent aux promesses d&rsquo;un au-delà celles d&rsquo;un paradis sur terre grâce à l&rsquo;alliance de la République, de la Science et de l&rsquo;Industrie. C&rsquo;est dans ce contexte qu&rsquo;il faut par exemple situer cette prophétie de Marcellin Berthelot, chimiste, secrétaire perpétuel de l&rsquo;Académie des Sciences et homme d&rsquo;Etat, exposant à la fin du XIXe sa vision de l&rsquo;an 2000 devant un parterre de savants et d&rsquo;industriels de la chimie : « Dans ce temps-là, il n&rsquo;y aura plus dans le monde ni agriculture, ni pâtres, ni laboureurs : le problème de l&rsquo;existence de la culture du sol aura été supprimé par la chimie. […] chacun emportera pour se nourrir sa petite tablette azotée, sa petite motte de matière grasse […], tout cela fabriqué économiquement et en quantités inépuisables par nos usines […] tout cela enfin exempt de ces microbes pathogènes, origine des épidémies et ennemis de la vie humaine […]. Dans cet empire universel de la force chimique […], la terre deviendra un vaste jardin […] où la race humaine vivra dans l&rsquo;abondance et dans la joie du légendaire âge d&rsquo;or » (15).</p>
<p class="spip">Le caractère daté de cette citation suffit à nous faire ressentir à quel point nous vivons aujourd&rsquo;hui dans un monde différent de celui de ce XXe siècle décrit plus haut. Un même sentiment nous est donné en comparant les récentes mobilisations sur le TGV Sud-Est ou le troisième aéroport avec la relative absence de controverse lors de la construction des premières centrales nucléaires dans les années 1960 ou l&rsquo;immersion de villages entiers dans les années 1950 pour construire certains barrages hydroélectriques. Le rapport de la société au « progrès » et à la science a basculé en quelques décennies.</p>
<p class="spip">La crise de la « société du progrès » : politisation et désenclavement des sciences et des techniques</p>
<p class="spip">C&rsquo;est notamment dans la foulée de 1968 qu&rsquo;un rapport fait d&rsquo;adhésion au « progrès » et de délégation cède le pas devant un mouvement de « politisation » des sciences et des techniques : des questions autrefois qualifiées de « techniques » sont désormais construites comme des enjeux de société et des thèmes d&rsquo;argumentation et de mobilisation politiques (importantes dans le cas de la défense du parc national de la Vanoise ou du mouvement antinucléaire en France entre 1973 et 1977) (16). Sont alors mis en débat public les choix techniques de l&rsquo;État et du capitalisme industriel, et le contenu même du « progrès » (17). Cette politisation des choix techniques se développe à la croisée d&rsquo;une critique intellectuelle (de la technocratie, du pouvoir de la technique, de la raison instrumentale…) (18), de mobilisations antinucléaires (19), de l&rsquo;émergence de l&rsquo;écologie et du développement d&rsquo;un militantisme de type nouveau au sein des communautés scientifiques (ailes radicales du Syndicat National des Chercheurs Scientifiques et du SNESup, CFDT, revues Impascience ou Labo-Contestation, Comité anti-amiante de Jussieu, Groupement des Scientifiques pour l&rsquo;Information sur l&rsquo;Énergie Nucléaire (20), etc.). La forme d&rsquo;engagement intellectuel héritée de l&rsquo;affaire Dreyfus et réactualisée avec l&rsquo;engagement communiste de scientifiques dans les années de guerre froide s&rsquo;appuyait sur l&rsquo;autorité de la science comme productrice de vérité et d&rsquo;objectivité. Une nouvelle génération de chercheurs engagés rompt avec cette vision et questionne la science elle-même en posant la question des dominations existantes au sein de la communauté scientifique (hiérarchies, division du travail, place des femmes, etc.) et en interrogeant la fonction jouée par la science contemporaine dans la guerre, dans la production et la légitimation d&rsquo;un « ordre social capitaliste » (21). De cette première phase de « mise en politique » de la techno-science sont nées des avancées telles que la création (en 1983, onze ans après les Etats-Unis) de l&rsquo;Office Parlementaire d&rsquo;Évaluation des Choix Scientifiques et Techniques (OPECST), l&rsquo;affirmation d&rsquo;une politique de « culture scientifique et technique » (Cité des Sciences et de l&rsquo;Industrie à Paris et centres régionaux, fête de la science, etc.), la reconnaissance progressive d&rsquo;un droit à l&rsquo;information et à la consultation (22). A l&rsquo;initiative de chercheurs soucieux de dialoguer avec la demande sociale et citoyenne, des boutiques de science se développent également au début des années 1980, en suivant l&rsquo;exemple hollandais (23).</p>
<p class="spip">Ces avancées restent cependant limitées. Alors que l&rsquo;Europe du Nord et l&rsquo;Amérique du Nord se dirigent vers la concertation, la plupart des avancées françaises s&rsquo;en tiennent à une « information » dans un esprit d&rsquo;instruction du public, dont les résistances sont attribuées à un déficit de connaissance scientifique (24). En janvier 1982, le Ministre de la Recherche Jean-Pierre Chevènement résume bien cette conception des rapports du public et de la science : « C&rsquo;est au prix d&rsquo;une vaste entreprise de diffusion du savoir [&#8230;] que nous pourrons faire reculer certains préjugés contre la science et la technologie, tenir en lisière les mouvements antiscience et mettre en mesure les citoyens de mieux cerner l&rsquo;importance des enjeux scientifiques et techniques » (25). De plus, cette première phase de « mise en démocratie » marque le pas dès le début des années 1980. Les sociologues Francis Chateauraynaud et Didier Torny, qui ont étudié les alertes et controverses sur l&rsquo;amiante et la radioactivité depuis 1970, ont ainsi pu parler d&rsquo;un « trou configurationnel » pour décrire la quasi-disparition de ces problèmes dans l&rsquo;espace public vers 1980 (26). Les raisons de ce reflux sont multiples : crise économique rejetant les thématiques écologistes et « post-matérialistes » au second plan, reflux des mobilisations et de la critique sociale y compris au sein des milieux scientifiques, convictions « scientistes » de plusieurs personnalités de la première gauche arrivant au gouvernement en 1981. Années fastes pour l&rsquo;effort public de recherche (budget et emploi scientifique en hausse, loi d&rsquo;orientation et de programmation, statut des chercheurs, etc.) et pour l&rsquo;ouverture de la recherche publique aux partenariats privés, les politiques scientifiques des années 1980 favorisent un certain « ré-enclavement » des institutions scientifiques visant à « protéger » le travail scientifique de l&rsquo;espace public (cf. les évolutions de l&rsquo;Institut national de la recherche agronomique &#8211; INRA &#8211; et de L&rsquo;Institut national de la santé et de la recherche médicale &#8211; INSERM &#8211; dans les années 1980, où encore la forme de délégation que traduit initialement l&rsquo;Agence Nationale de Recherche contre le Sida (27)). Confronté à un État bien plus centralisé et homogène qu&rsquo;en Allemagne ou aux Etats-Unis, le mouvement antinucléaire français décline dès 1977-78. Après 1981, il ne parvient ni à rouvrir le débat énergétique, ni à imposer une expertise pluraliste. Les institutions de culture scientifique, lancées dans un formidable esprit d&rsquo;innovation sociale, s&rsquo;enferment peu à peu dans une logique de « diffusion » sans toujours interroger les contenus de ce qui est diffusé, voire défendre leur indépendance face aux sponsors. Insuffisamment soutenues, les boutiques de science s&rsquo;essoufflent rapidement en France, alors qu&rsquo;elles prospèrent en Europe du Nord. Comme l&rsquo;a montré Christiane Restier-Melleray, dans un Parlement faible face à l&rsquo;exécutif, l&rsquo;OPECST reste sans moyen ni autorité face à la prégnance d&rsquo;un « système administratif fondamentalement technocratique » (28) caractérisé par le « tropisme de l&rsquo;État français marqué par une tendance à constituer des monopoles de l&rsquo;expertise au sein de la seule administration » (29).</p>
<p class="spip">C&rsquo;est au milieu des années 1990 (avec comme signe avant-coureur en 1986 la polémique sur les retombées radioactives de l&rsquo;accident de Tchernobyl (30)) que s&rsquo;ouvre en France une seconde phase de mise en politique de la science et la technique. Les scandales du sang contaminé, de la vache folle et de l&rsquo;amiante en sontlesdétonateurs.A la différence des mobilisations des années 1970, où les scientifiques engagés sont moteurs, ils mettent en scène un nouvel acteur collectif, les victimes, et de nouvelles arènes, l&rsquo;arène judiciaire (où se tranchent de plus en plus les controverses) et l&rsquo;arène médiatique (qui se saisit plus systématiquement de ces controverses, notamment lorsqu&rsquo;elles sont portées devant la justice). Ces crises et ces mobilisations ont forcé le désenclavement des institutions scientifique et des instances d&rsquo;expertise. Les années 1990 voient ainsi des associations de malades du Sida co-définir des protocoles d&rsquo;essai thérapeutique avec les chercheurs de l&rsquo;Agence Nationale de Recherche contre le Sida (31), des associations comme la CRII-RAD (voir la fiche qui lui est consacrée) ou l&rsquo;ACRO effectuer leurs propres mesures de radioactivité et expertiser des sites à la demande d&rsquo;associations et de collectivités locales. Dans le même temps, plusieurs comités d&rsquo;experts s&rsquo;ouvrent à des profanes représentant les syndicats, les associations écologistes ou de consommateurs (32). Enfin, les controverses publiques favorisent de nouvelles formes d&rsquo;appropriation des sciences par le public dans le feu de la controverse (avec par exemple une étonnante acculturation de certains militants associatifs aux données et travaux scientifiques).</p>
<p class="spip">Cette irruption des associations se fait d&rsquo;abord dans quelques affaires marquantes (retombées de Tchernobyl, sang, amiante, vache folle) qui sanctionnent des décideurs, des médecins et chercheurs, accusés de ne pas avoir suscité ou traité les alertes lorsqu&rsquo;il était encore temps, d&rsquo;avoir privilégié des considérations d&rsquo;ordre économique au détriment de la santé publique. Le sentiment que la science et l&rsquo;Etat manquent à leur mission fondamentale de protection des citoyens provoque un choc traumatique dans la société française (33). Celui-ci est d&rsquo;autant plus marqué qu&rsquo;il intervient dans le contexte d&rsquo;une mondialisation néo-libérale érodant les régulations fordistes nationales. C&rsquo;est parce qu&rsquo;il semblait incarner l&rsquo;intérêt général et qu&rsquo;il assurait une certaine redistribution sociale que l&rsquo;Etat pouvait avec une forte légitimité piloter la recherche et l&rsquo;innovation et conduire la modernisation de la société. Dans ce nouveau contexte, la convergence entre les intérêts de l&rsquo;Etat, des salariés et de firmes soumises aux impératifs de rentabilité financière internationale paraît de plus en plus problématique. Placée devant de fortes contraintes financières, l&rsquo;action publique est poussée à se réformer pour demeurer légitime. Dans cette perspective, la participation des citoyens-usagers offre potentiellement une alternative à l&rsquo;introduction des critères de marché et des méthodes privées de management dans le fonctionnement des services publics. Or, la multiplication de scandales sanitaires semble témoigner de l&rsquo;influence grandissante des intérêts économiques privés sur les choix des gouvernants et sur les positionnements des institutions publiques de recherche et d&rsquo;expertise, ce qui entraîne une forte crise de légitimité de celles-ci. Ce sentiment est renforcé par les évolutions du système de recherche lui-même, de plus en plus piloté par les marchés financiers et marqué depuis un quart de siècle par une appropriation privée des savoirs et du vivant (34). La recherche et le développement technique sont de plus en plus soumis aux exigences de la solvabilité (1% seulement des 14000 médicaments lancés depuis 10 ans dans le monde concernent les maladies infectieuses et parasitaires du Tiers monde, les grands laboratoires pharmaceutiques nord-américains s&rsquo;opposent à la diffusion de médicaments génériques permettant d&rsquo;offrir des soins à tous…). Au service de ce modèle de développement, la recherche perd dans l&rsquo;opinion de sa légitimité sociale car elle semble incapable d&rsquo;améliorer le bien-être du plus grand nombre tout en générant des risques, des déséquilibres et des dépendances nouvelles.</p>
<p class="spip">En somme, certaines frontières entre scientifiques et profanes se font plus poreuses et l&rsquo;ancien rapport pédagogique entre les institutions scientifiques et les citoyens cède la place à une demande active d&rsquo;auto-formation. Ce mouvement (que Beck nomme « scientisation secondaire » au sens où l&rsquo;ensemble de la société aspire à faire exercice de la raison critique et participer au pilotage de la science) tient sans doute en partie à l&rsquo;élévation du niveau d&rsquo;éducation dans nos sociétés contemporaines, à l&rsquo;affaiblissement des rapports d&rsquo;autorité et à l&rsquo;émergence d&rsquo;une « société des individus » (35), moins prompts à déléguer et soucieux d&rsquo;être les acteurs et les experts de leur propre vie. Parallèlement, le nouveau capitalisme « réticulaire » tend dans de nombreux secteurs à mobiliser l&rsquo;initiative et les capacités créatives des travailleurs. Ce « nouvel esprit du capitalisme » (36) va à l&rsquo;encontre d&rsquo;une délégation aveugle à l&rsquo;autorité, fût-elle scientifique. Est-il étonnant dans ce contexte que la société française ait fait sa mutation culturelle par rapport à la science et au « progrès » ? L&rsquo;acceptabilité sociale décroissante des risques et des effets « secondaires » du « progrès » n&rsquo;est-elle pas la résultante de l&rsquo;érosion du compromis social fordiste, de la mutation des mentalités et de l&rsquo;évolution de l&rsquo;organisation de la production ? Les sondages et les enquêtes qualitatives le montrent, ce n&rsquo;est pas tant un discrédit ou une peur de la science qui domine dans le public qu&rsquo;un sentiment croissant d&rsquo;un dysfonctionnement des modes de régulation publique de l&rsquo;innovation et de l&rsquo;économie en général (37). Certes, certains individus et certains groupes se méfient de la science et des nouvelles technologies sur la base d&rsquo;une vision traditionnaliste de la société, voire d&rsquo;une conception asociale et fondamentaliste de la nature, comme dans le cas de l&rsquo;écologie profonde. De tels modes de pensée ont cependant toujours existé, et aucune enquête ne montre qu&rsquo;ils gagneraient aujourd&rsquo;hui en ampleur. Ce qui est nouveau, c&rsquo;est le développement d&rsquo;une exigence et d&rsquo;une capacité critiques vis-à-vis de la science telle qu&rsquo;elle fonctionne réellement. Le fait que cette exigence et cette capacité soient inégalement réparties socialement et que, dans le cas de l&rsquo;amiante par exemple, le scandale public ait éclaté à propos des usagers (et notamment des universitaires de Jussieu) en laissant dans l&rsquo;ombre les travailleurs pourtant les premiers touchés (38), ne fait que nuancer le jugement que l&rsquo;on peut porter sur cette mutation d&rsquo;ampleur. Comme en témoigne l&rsquo;entrée en scène du mouvement altermondialiste dans la critique des choix techno-scientifiques (cf. l&rsquo;engagement d&rsquo;ATTAC dans la controverse sur les organismes génétiquement modifiés), ce n&rsquo;est donc pas un phénomène de peur irrationnelle ou un syndrome de société privilégiée qui alimente le renouveau récent de l&rsquo;exigence d&rsquo;élaboration démocratique des choix techno-scientifiques, mais bien la prise de conscience grandissante de l&rsquo;écroulement du pacte social du XXe siècle qui était la clé de voûte du contrat implicite entre science et le reste de la société.</p>
<p class="spip">Dans cette perspective, ce qui se joue dans les nouvelles formes de mobilisation sur des enjeux techno-scientifiques, c&rsquo;est sans doute la recherche, encore tâtonnante, d&rsquo;un nouveau contrat entre science et le reste de la société. Les mobilisations manifestent un sursaut démocratique en affirmant qu&rsquo;une science pour tous doit se construire avec tous, dans le dialogue avec des savoirs autrefois dévalorisés (ceux des malades, des paysans, des associations, des profanes, des « indigènes », etc.) ; elles affirment aussi que, pour servir le bien-être de l&rsquo;ensemble des êtres humains &#8211; actuels et futurs &#8211; de notre planète, la science requiert d&rsquo;autres pilotes que la seule volonté de savoir, le désir de puissance ou les logiques de profit. Il est évident que la robustesse de ce nouveau contrat dépendra, comme dans la période historique précédente, de son inscription dans un nouveau compromis social plus large entre forces économiques, pouvoirs publics et les différentes couches de la société civile (probablement à l&rsquo;échelle globale) (39).</p>
<p class="spip">Le tournant délibératif : investir dans l&rsquo;innovation démocratique</p>
<p class="spip">Face à la multiplication de controverses publiques sur des questions scientifico-techniques, à la défiance vis-à-vis de la technocratie et à la demande de citoyenneté, pressés par les scandales et les mobilisations associatives, les pouvoirs publics répondent par une réforme des dispositifs d&rsquo;expertise : création d&rsquo;agences partiellement émancipées des appareils ministériels et donnant une visibilité propre à l&rsquo;expertise en amont de la gestion des risques (Institut de Veille Sanitaire, Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé, Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, Agence Française de Sécurité Sanitaire Environnementale). Ils recourent aussi massivement à des dispositifs délibératifs, de type participatif (nombreux débats publics, deux conférences de citoyens, Etats généraux de la santé, de l&rsquo;alimentation, commission nationale du débat public, etc.) ou non participatif (commission d&rsquo;éthique). Ces « forums hybrides », qui mettent en présence des acteurs différents (scientifiques, techniciens, politiques, citoyens…), peuvent être plus ou moins articulés à des espaces publics plus larges ouverts à toutes les personnes intéressées. Parallèlement, l&rsquo;autorité des élus politiques est remise en cause de façon plus générale, à la fois sous le coup de facteurs conjoncturels (les « affaires », les méandres de la politique politicienne) et plus structurels (affaiblissement du lien entre citoyens et représentants politiques du fait de la professionnalisation croissante de la vie politique et de l&rsquo;affaiblissement du système partidaire, difficulté grandissante de l&rsquo;Etat-nation à agir sur l&rsquo;économie et à faire face à la crise, demande croissante d&rsquo;autonomie et de participation chez une partie au moins des citoyens). L&rsquo;idée d&rsquo;une démocratie plus participative couplant la démocratie représentative avec des éléments de démocratie directe gagne en popularité, de même que celle de démocratie délibérative, qui implique que les grandes décisions soient largement discutées dans des cadres procéduraux adéquats plutôt que prises de façon monocratique ou en petits comités fermés. Les dynamiques participatives actuelles se singularisent parce qu&rsquo;elles sont plus institutionnalisées, parce que les acteurs qu&rsquo;elles impliquent sont moins liés qu&rsquo;auparavant au système partidaire, parce qu&rsquo;elles reposent sur des dispositifs délibératifs plutôt que sur une communication spontanée, et parce qu&rsquo;elles s&rsquo;étendent à de nouveaux terrains qui en étaient autrefois préservés, comme la science, alors que d&rsquo;autres sont par contre moins questionnés &#8211; en particulier dans le travail.</p>
<p class="spip">Devant l&rsquo;érosion de la confiance des citoyens et l&rsquo;affaissement des deux piliers traditionnels de la décision publique (la légitimité de la représentation politique et l&rsquo;autorité de la science), la multiplication des instances et processus délibératifs (pensons aussi à la floraison des conseils de quartier) semble annoncer un nouveau référentiel de l&rsquo;action publique. Dans ce nouveau référentiel, une décision deviendrait légitime, non plus par la vertu de l&rsquo;onction du suffrage universel ou de la science, mais parce que toutes les personnes concernées y auraient été associées. Une nouvelle ingénierie sociale de la délibération semble appelée à supplanter les modèles décisionnistes ou technocratiques pour bâtir un monde commun à partir de la mosaïque d&rsquo;identités, d&rsquo;intérêts et de rationalités en présence dans les sociétés complexes, et pour rendre gouvernable les situations d&rsquo;incertitude et de controverses (40).</p>
<p class="spip">Plusieurs auteurs ont souligné les risques d&rsquo;instrumentalisation de tels dispositifs par les gouvernants et la façon dont ils peuvent devenir des outils de gestion des conflits sociaux : canalisation des acteurs, évaluation au plus serré des rapports de force, aspiration institutionnelle et acculturation des opposants, limites de ces dispositifs si l&rsquo;absence de lien explicite à la décision les contraints à être enchâssés dans un système marqué par l&rsquo;hégémonie de l&rsquo;élu et des experts qui gardent la maîtrise des interlocuteurs de la définition des problèmes et de l&rsquo;ordre du jour, cantonnement de la délibération à l&rsquo;aval &#8211; risques et impacts &#8211; de décisions techno-économiques déjà prises en amont. Dans la « nouvelle gouvernance », marquée par la multiplication des acteurs publics, la coopération publique-privée, des approches plus pragmatiques et un contournement grandissant des institutions de la démocratie représentative dans la prise de décision, la dimension participative et démocratique serait en fin de compte tout à fait secondaire. Elle ne ferait guère que masquer le poids croissant des intérêts privés dans un contexte mondial de dérégulation. Mais d&rsquo;autres analystes ont aussi souligné, à partir d&rsquo;études de cas précises, que même instrumentalisés, ces dispositifs ouvrent des opportunités à des acteurs autrefois peu pris en compte. Jamais entièrement prévisibles, ils peuvent être le lieu de détournement, de renversement de légitimité, d&rsquo;apprentissage social et d&rsquo;exploration de problèmes ou de solutions non envisagées initialement. Surtout, ces dispositifs, en se référant à une nouvelle norme, participative et délibérative, qui s&rsquo;appuie sur le décloisonnement des sciences et des techniques par rapport aux simples citoyens, s&rsquo;inscrivent dans une transformation de la sémantique et des pratiques politiques. Lorsqu&rsquo;ils ne sont pas de simples coquilles vides et qu&rsquo;ils sont suffisamment inclusifs pour ne pas laisser des catégories entières de citoyens en dehors de la scène, ils induisent de nouvelles épreuves de justification politique. Ils tendent à contraindre les acteurs décisionnels à modifier leurs pratiques, sous peine de discrédit de leurs discours et des instances mise en place ; ils favorisent l&rsquo;érosion de la légitimité supérieure d&rsquo;un intérêt général défini par l&rsquo;Etat, les élus et les experts et l&rsquo;émergence de légitimités différentes, impliquant la prise en compte de l&rsquo;expérience des malades, des usagers et des habitants qui deviennent « experts du quotidien » et partenaires d&rsquo;une « science de plein air » (41).</p>
<p class="spip">Afin de placer correctement le curseur de l&rsquo;analyse entre risques d&rsquo;instrumentalisation et nouvelles opportunités de démocratisation de la décision technologique, entre fermeture et ouverture, entre l&rsquo;auto-proclamation non délibérative de l&rsquo;intérêt général autoproclamé par les élus et la dictature des lobbying et des particularismes, entre cadrages et débordements, une riche littérature s&rsquo;est accumulée depuis vingt ans sur l&rsquo;architecture et la conduite de telles procédures délibératives (42). Malheureusement, cette réflexion fait largement défaut en langue française et c&rsquo;est là un premier intérêt de cette traduction du livre de Richard Sclove. Celui-ci plaide pour l&rsquo;expérimentation institutionnelle en matière de gouvernance démocratique de l&rsquo;innovation, soulignant que « tandis que l&rsquo;investissement de nos sociétés modernes industrielles et postindustrielles dans l&rsquo;innovation technique est quasi illimité, nous n&rsquo;avons pas l&rsquo;habitude d&rsquo;investir dans l&rsquo;innovation démocratique » (43). Un apport fondamental du livre est d&rsquo;alimenter une réflexion méthodologique pour doter nos démocraties de capacités de prospective technologique éclairée quant aux impacts complexes des technologies sur le tissu social culturel et politique de nos sociétés, afin de permettre un pilotage collectif de l&rsquo;innovation en amont plutôt qu&rsquo;une simple négociation, en aval, de l&rsquo;acceptabilité sociale des incertitudes et des risques.</p>
<p class="spip">La plupart des études méthodologiques ou sociologiques publiées sur ces instances délibératives portent sur leur dimension procédurale : quels acteurs et quels discours sont inclus et lesquels sont exclus, quelle est leur représentativité, quelle est l&rsquo;indépendance des pilotes ou animateurs de ces instances, quel est le lien avec la décision, quelle est la transparence du processus pour le grand public, comment sont formés les participants, dans quelles mesures les règles du jeu sont-elles explicitées, quelle est la dynamique qui permet à la fois les stabilisations de consensus sans exclure la possibilité de débordements et d&rsquo; explorations nouvelles ? A l&rsquo;inverse, le travail de Richard Sclove porte en priorité sur les questions substantielles. Pour lui, il ne suffit pas qu&rsquo;une technologie &#8211; ou plutôt un ordre technologique puisque la technique fait système &#8211; soit passée par une procédure « démocratique » pour qu&rsquo;elle puisse être qualifiée de « démocratique ». Il faut encore que, substantiellement, cet ordre technologique une fois mis en place soit compatible, voire favorise, des relations sociales de type démocratique. Il importe donc de doter nos démocraties d&rsquo;une série de critères et d&rsquo;outils prospectifs permettant de jauger la compatibilité d&rsquo;un ordre technologique avec leurs valeurs démocratiques, et sa désirabilité en fonction de leurs projets de société. L&rsquo;ouvrage est explicitement conçu comme une contribution à l&rsquo;établissement de ces critères, même s&rsquo;il est clair que seul le débat démocratique, structuré par des procédures adéquates, pourra trancher la substance démocratique ou antidémocratique de tel ou tel ordre technologique. On peut être sceptique quant à la valeur attribuée par Sclove aux modes de régulation mis en place par la communauté Amish, dont il fait un véritable paradigme. L&rsquo;organisation de cette communauté peut en effet sembler peu attrayante du fait de l&rsquo;ethos collectif très fort qu&rsquo;elle impose à ses membres, et son homogénéité interne peut difficilement préfigurer les modes de régulation des sciences et des techniques qu&rsquo;une société multiculturelle pourrait mettre en œuvre (ce dont Sclove convient par ailleurs). Mais sur ce point comme sur d&rsquo;autres, les logiques proposées par l&rsquo;auteur doivent être comprises comme une contribution au débat sur la démocratie technique.</p>
<p class="spip">Cette problématique est en tout état de cause autrement plus exigeante que les raisonnements dominants ou que les approches économistes en termes de risques/bénéfices. Mis en œuvre dans des instances délibératives (assemblées élues ou panels citoyens), cet équipement permet, bien mieux que les seuls outils victimo-judiciaires, de poser les fondations d&rsquo;une meilleure gouvernance de la techno-science, en favorisant les apprentissages institutionnels nécessaires et en évitant d&rsquo;aplatir la politique des technologies sur la seule question des risques. Le chapitre 3 est consacré à l&rsquo;exposé de ces critères, que Sclove souhaite suffisamment explicites et élaborés pour pouvoir être réfutés (au sens popperien), discutés et raffinés lors d&rsquo;un nouvel exercice de prospective technologique. Ces critères ont effectivement pu être développés, amendés et mis en œuvre par Sclove et ses collègues lors d&rsquo;ateliers scénario. Encore inconnu en France, ce type de dispositif, qui ouvre de multiples futurs envisageables par des scénarios divergents, se prête probablement mieux à l&rsquo;enrichissement de la qualité prospective que celui des conférences de citoyens. Il répond en tout cas à l&rsquo;idée d&rsquo;une expertise divergente mise en avant par Philippe Roqueplo, afin de placer la décision dans un espace ouvert d&rsquo;options (44).</p>
<p class="spip">Enrichir les sciences, enrichir la démocratie</p>
<p class="spip">Les propositions méthodologiques de Richard Sclove, avec les expériences en cours ou achevées de mise en délibération des choix techniques et de recherche citoyenne, permettent d&rsquo;entrevoir un enrichissement simultané de la démocratie et des sciences. Bien souvent, dans le contexte actuel, on observe que « l&rsquo;autonomie » de la science et l&rsquo;enclavement de ses institutions par rapport au reste de la société, autrefois considérés comme les conditions de production de vérités sur le monde et les moteurs du progrès humain, apparaissent comme des obstacles à la constitution de savoirs et d&rsquo;innovations valides dans un monde devenu plus incertain et plus controversé. Il est possible que nous soyons au cœur d&rsquo;une importante mutation des normes épistémologiques. Les évolutions ne sont certes pas exactement les mêmes en fonctions des différentes sciences et techniques, mais un mouvement d&rsquo;ensemble est cependant perceptible. Le savoir scientifique considéré comme valide et culturellement valorisé il y a 50 ou 100 ans était un savoir purifié, garanti par une communauté de chercheurs organisée selon un mode disciplinaire et revendiquant son autonomie par rapport aux pressions des pouvoirs et de la société. La physique nucléaire, discipline reine il y a un demi-siècle, exemplifiait bien la norme épistémique selon laquelle, pour construire des connaissances certaines, il faut descendre vers les structures les plus intimes de la matière et, pour ce faire, produire et stabiliser des phénomènes dans l&rsquo;espace purifié du laboratoire où les paramètres peuvent être soumis un à un à des variations. A l&rsquo;inverse, des domaines aujourd&rsquo;hui en pointe, tels que les sciences de l&rsquo;environnement et du système Terre (modélisation climatique, biodiversité, étude des flux de (trans)gènes, etc.), ont en commun d&rsquo;être fortement transdisciplinaires, de dépasser l&rsquo;approche analytico-expérimentale et les espaces purifiés du laboratoire (rôle du terrain, du modèle, de la complexité), et de se développer &#8211; en situation d&rsquo;incertitude et de controverse &#8211; en conjonction étroite avec des mobilisations et demandes d&rsquo;acteurs extra-scientifiques autrefois largement absents des débats.</p>
<p class="spip">Cette triple « impureté » pourrait bien témoigner d&rsquo;un déplacement en cours des normes de scientificité au cours des dernières décennies. Elle questionne les frontières traditionnellement établies entre « la science » et un « public » de plus en plus actif dans la production d&rsquo;alertes et de connaissances, ou aspirant à l&rsquo;être. L&rsquo;enjeu n&rsquo;est pas mince, et il n&rsquo;est pas simplement d&rsquo;ordre épistémologique (45). A l&rsquo;heure actuelle, l&rsquo;alternative à la démocratique technique et scientifique ne semble plus pouvoir être la science autonome, appuyée par l&rsquo;Etat régalien, mais bien un couplage de plus en plus intime des sciences et du marché. Sclove montre bien, dans le chapitre 4, en quoi la délibération démocratique représente un mécanisme de coordination des actions qui s&rsquo;oppose à celui du marché et comment l&rsquo;autonomie du citoyen n&rsquo;est pas réductible aux préférences du consommateur. Quels seront les acteurs et les dispositifs qui régiront des sciences désenclavées et les structures sociales que représentent les technologies ? En fonction de quelles logiques, de quels intérêts, de quels types de recherches ? Le futur n&rsquo;est pas encore tracé, et le mérite de Sclove est d&rsquo;en poser clairement les enjeux tout en indiquant un horizon démocratique souhaitable et en analysant des expériences et des procédures concrètes qui pointent dans ce sens.</p>
<p class="spip">NOTES</p>
<p class="spip">(1) Voir Ellul, 1954 ; Mumford, 1964 ; Illich, 1973 ; Roqueplo, 1974 et 1983 ; et Winner, 1986.<br />
(2) On trouvera une présentation des initiatives de Richard Sclove en français dans Sclove, 2002.<br />
(3) Blondiaux et Sintomer, 2002.<br />
(4) Callon, Lascoumes et Barthe, 2001.<br />
(5) Ces débats sont parfois conduits sous la houlette de la Commission Nationale du Débat Public créée en 1995, dont les prérogatives et l&rsquo;autonomie ont été étendus en 2002.<br />
(6) Gibbons, Limoges, Nowotny, Schwartzman, Scott et Trow, 1994 ; Nowotny, Scott et Gibbons, 2001 ; Beck, 2001 ; Callon, Lascoumes et Barthe, 2001.<br />
(7) Pour une critique historienne de cette vision linéaire et dualiste de Gibbons et ses collègues, montrant la pluralité des modes de production des savoirs à différentes époques et notamment l&rsquo;existence, bien avant les dernières décennies, de production de science en lien direct avec l&rsquo;industrie et le marché, voir Pestre, 1999.<br />
(8) Offe, 1997.<br />
(9) Weber, 1996 ; Bourdieu, 1997.<br />
(10) Callon et Latour, 1991.<br />
(11) Callon, Lascoumes et Barthe, 2001.<br />
(12) Notre analyse s&rsquo;appuie ici très largement sur Pestre, 2003. Voir aussi pour les Trente glorieuses, Mirenowicz, 2000.<br />
(13) Les médias de vulgarisation scientifique prennent un essor remarquable à la fin du XIXe siècle, au moment même où s&rsquo;accentue la frontière séparant les praticiens amateurs de la science des professionnels. Cf. Bensaude-Vincent, 2000 ; Béguet, 1990.<br />
(14) Coriat, 1979.<br />
(15) En l&rsquo;An 2000. Discours de M. Marcellin Berthelot, secrétaire perpétuel de l&rsquo;Académie des Sciences, prononcé au Banquet de la Chambre syndicale des produits chimiques le 5 avril 1894.<br />
(16) Garraud, 1979.<br />
(17) CFDT, 1977.<br />
(18) Ellul, 1954 et 1977 ; Mumford, 1964 ; Habermas, 1973 ; Roqueplo, 1974 et 1983.<br />
(19) Nelkin et Pollak, 1981 ; Touraine, Hegedus, Dubet et Wievorka, 1980.<br />
(20) Petitjean, 2000.<br />
(21) Voir notamment Lévy-Leblond et Jaubert, 1975 ; Lévy-Leblond et al., 1977 ; Lévy-Leblond, 1981 ; Boy, 2000.<br />
(22) Loi informatique et libertés du 3 janvier 1978 ; loi sur l&rsquo;accès aux documents administratifs du 17 juillet 1978 ; accès aux informations sur les projets d&rsquo;intérêt généraux le 7 janvier 1983 ; Conseil national d&rsquo;Information sur l&rsquo;Électricité d&rsquo;Origine Nucléaire en 1977 ; Commissions Locales d&rsquo;Information auprès des centrales nucléaires créées par la circulaire du 15 décembre 1981 ; loi Bouchardeau du 12 juillet 1983 sur les enquêtes publiques. Voir Lascoumes, 1998.<br />
(23) Stewart et Kahn, 1986 ; Neubauer, 2002.<br />
(24) Nelkin et Pollak, 1979. Sur la critique du modèle du déficit, voir Wynne, 1996.<br />
(25) Actes du Colloque national « Recherche et technologie », 1982.<br />
(26) Chateauraynaud et Torny, 1999.<br />
(27) Sur ce mouvement de ré-enclavement des années 1980, voir Dodier, 2002 ; Théry et Barré, 2001.<br />
(28) Restier-Melleray, 1990.<br />
(29) Viveret, 1989.<br />
(30) CRIIRAD, 2002.<br />
(31) Sur l&rsquo;engagement scientifique des associations de malades du Sida au sein du collectif inter-associatif TRT5, voir Barbot, 2002 et Lestrade, 2000. La notion d&rsquo;enclavement et de désenclavement est empruntée à Dodier, 2002. Sur l&rsquo;engagement scientifique des associations de malades, voir également Rabeharisoa et Callon, 1999 et Gaudillière, 2002.<br />
(32) Cf. la composition d&rsquo;instances telles que le Collège de la Prévention des Risques Technologiques établi en 1989 par Michel Rocard, la nouvelle Commission du Génie Biomoléculaire et du Comité de Biovigilance en 1998, ou celle de la Commission Nationale du Débat Public créée en 1995.<br />
(33) U. Beck avait dès 1986 pressenti cette évolution. Voir Beck, 2001.<br />
(34) Voir notamment Dasgupta et David, 1994.<br />
(35) Selon l&rsquo;expression de Norbert Elias, 1991.<br />
(36) Boltanski et Chiapello, 1999.<br />
(37) La perception publique de la science est donc indissociablement une perception du comportement des institutions publiques. Sur ce point et sur la critique des analyses traditionnelles sur les « peurs » de la science, voir Irwin et Wynne, 1996 ; Wynne, 1992 ; Wynne, 2001 ; Marris, 2001.<br />
(38) Henry, 2000.<br />
(39) Pour une réflexion dans cette direction, voir le « Manifeste pour une science citoyenne, responsable et solidaire » rédigé par Pierre Calame dans le cadre de l&rsquo;Alliance pour un monde responsable et solidaire : http://www.apsab.span.ch/coen/index.html. Voir aussi la charte de la Fondation Sciences Citoyennes : http://www.sciencescitoyennes.org.<br />
(40) Lascoumes, 1998 ; Callon, Lascoumes et Barthe, 2001.<br />
(41) Voir Blondiaux, 2001 ; pour un ensemble d&rsquo;analyses théoriques et d&rsquo;études de cas, voir Blondiaux et Sintomer, 2002.<br />
(42) Voir notamment Rowe et Frewer, 2000 ; Renn, Webler, et Weidemann, 1995 ; Fiorino, 1990 ; Technology and Democracy, s.d. ; Laird, 1993a ; Joss and Durant, 1995 ; Grin, van de Graaf et Hoppe, 1997 ; von Schomberg, 1999 ; Martin, 1999.<br />
(43) Sclove, 2002.<br />
(44) Roqueplo, 1996.<br />
(45) Nowotny, Scott et Gibbons, 2001.</p>
<p>Lisez plus sur <a href="https://wptest3.sciencescitoyennes.ovh/mettre-les-sciences-en-democratie/">Sciences Citoyennes</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
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